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Nos lecteurs ont la parole

Au théâtre de l’Indépendance

Par Zeina ZERBÉ
Les coulisses bourdonnent. Un bruit de fond annonce aux spectateurs que quelque chose d’imminent se prépare ou va se passer. Un bruit assourdissant, étouffant. Les spectateurs se trouvent dans une salle de théâtre qui s’appelle Liban. Ils attendent depuis un long moment déjà la représentation qui va bientôt commencer. De longs soupirs, des petits cris étouffés, des gémissements s’échappent de leurs rangées.
Les acteurs et le metteur en scène, eux, semblent ne rien entendre. En réalité, ils sont tellement dépassés, tellement angoissés, tellement apeurés par tout ce qu’ils ne contrôlent pas que, fébriles, ils pensent juste à arborer leurs costumes.
Les costumes, c’est très important. Il faut trouver la tenue des acteurs, la bonne, celle qui cache les corps nus et les peaux qui regorgent de tatouages, les tatouages des visages de leurs collègues morts pour rien qu’ils n’ont pas pu protéger. Il faut trouver aussi les bons chapeaux. Peut-être que les bérets seraient adéquats pour couvrir le haut de leurs têtes qui se courbent devant des postes auxquels ils s’agrippent. Et quoi faire des mains, ces mains qui caressent compulsivement l’argent reçu comme acompte liquide sur la vente des citoyens? Pourquoi pas de beaux gants blancs?
Le metteur en scène pousse un soupir de soulagement. Les acteurs ont endossé leurs costumes. L’ambiance est festive. L’hymne national est militaire, la marche aussi. Mais les spectateurs poussent des cris stridents, ils sursautent! À quelques pas de là, en effet, les milices tirent quelques raffales. Le défilé continue car cela se passe à Tripoli; c’est loin, c’est au nord du Liban, cet endroit. Mais un autre coup retentit, assourdissant! C’est un obus israélien! Obus israélien? C’est donc au sud! Le défilé continue, l’armée n’a pas le choix: l’État a peur. On ne peut donc pas empêcher la milice de céder à l’envie de tirer des roquettes et de faire cause commune avec les Palestiniens. L’armée défile, elle arbore ses blasons, libanais. La Palestine? Oui, il y a des groupuscules armés dans les camps de réfugiés au Liban. Mais il s’agit la d’une autre guerre... L’armée a fini de défiler.
Le metteur en scène et son équipe, tout sourire, serrent les mains des personnes qui les félicitent pour cette belle représentation. Ils sont heureux. Le Liban, depuis 69 ans déjà, n’est plus sous mandat français.
L’explosion qui a détruit un quartier à Achrafieh et fait des victimes, dont le général Wissam el-Hassan un mois à peine plus tôt, ne correspondait pas au thème de la fête.
Le metteur en scène et son équipe dormiront fatigués ce soir-là. C’était une dure journée. Heureuse fête de l’Indépendance!
Les coulisses bourdonnent. Un bruit de fond annonce aux spectateurs que quelque chose d’imminent se prépare ou va se passer. Un bruit assourdissant, étouffant. Les spectateurs se trouvent dans une salle de théâtre qui s’appelle Liban. Ils attendent depuis un long moment déjà la représentation qui va bientôt commencer. De longs soupirs, des petits cris étouffés, des gémissements s’échappent de leurs rangées. Les acteurs et le metteur en scène, eux, semblent ne rien entendre. En réalité, ils sont tellement dépassés, tellement angoissés, tellement apeurés par tout ce qu’ils ne contrôlent pas que, fébriles, ils pensent juste à arborer leurs costumes.Les costumes, c’est très important. Il faut trouver la tenue des acteurs, la bonne, celle qui cache les corps nus et les peaux qui regorgent de tatouages, les...
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