21 novembre, 18h20 : je sors du boulot, je rentre chez moi en voiture. En route, je descends la rue à sens unique que j’emprunte quotidiennement. Ce soir-là, face à moi : une camionnette qui la remonte en sens interdit. Je suis bloquée. Avec flegme, je demande au chauffeur de reculer pour me faire passer en lui expliquant poliment qu’il est en sens interdit. Il refuse avec arrogance et rétorque que ce panneau « sens interdit », c’est lui qui l’a installé, et que par ailleurs il habite dans cette rue et n’a plus que quelques mètres à effectuer pour se garer. Je réponds que je suis médecin et que j’habite à 100 mètres de là, et que ce n’est pas pour autant que, la nuit, quand on m’appelle de l’hôpital, je remonte cette rue en sens interdit ; le chemin est certes plus court, mais je fais quand même le tour ! Il s’entête. Je lui confie très calmement que notre pays n’ira jamais mieux si on continue à se comporter de la sorte. Un long cortège de voitures est maintenant derrière moi, une cacophonie de klaxons fait monter la pression. J’ai assez d’espace pour reculer et faire passer le chauffard qui s’entête autant que moi. Mais je ne cède pas, je ne veux pas céder, par principe. Il me lance, sur un ton agressif, que j’ai de la chance d’être une femme, car, dans le cas contraire, il m’aurait tabassée. Puis il descend de sa voiture. Je me sens menacée. Je résiste, je tiens bon. Dernier recours : les autorités publiques (théoriquement, la société humaine est construite de sorte à ce que, en cas de conflit, des tiers ayant autorité interviennent pour remettre l’ordre et rendre ses droits au citoyen). Avec détermination, j’appelle donc le 112. Il est 18h39. L’officier répond. Je lui explique le problème. Il m’interrompt sur un ton méprisant en m’informant que je les importune pour une situation qui n’en vaut pas la peine, que je devrais agir avec maturité et reculer. Ses propos se poursuivent, sur la même tonalité à la fois moqueuse et agressive. Le ton narquois de cet agent que j’avais vraisemblablement dérangé pour un rien et que je considérais pourtant être mon dernier recours était si décalé de ce à quoi je m’attendais qu’il me sembla indécent. Impuissante, citoyenne orpheline, désenchantée, déçue et écœurée, j’abdique. Je recule. Il sourit. La jungle. Je déteste ce pays. Pas à cause de cet inculte. À cause des incultes du 112.
21 novembre, 18h20 : je sors du boulot, je rentre chez moi en voiture. En route, je descends la rue à sens unique que j’emprunte quotidiennement. Ce soir-là, face à moi : une camionnette qui la remonte en sens interdit. Je suis bloquée. Avec flegme, je demande au chauffeur de reculer pour me faire passer en lui expliquant poliment qu’il est en sens interdit. Il refuse avec arrogance et rétorque que ce panneau « sens interdit », c’est lui qui l’a installé, et que par ailleurs il habite dans cette rue et n’a plus que quelques mètres à effectuer pour se garer. Je réponds que je suis médecin et que j’habite à 100 mètres de là, et que ce n’est pas pour autant que, la nuit, quand on m’appelle de l’hôpital, je remonte cette rue en sens interdit ; le chemin est certes plus court, mais je fais quand même le...
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