Ces jours derniers, les observateurs, tout autant que les milieux politiques, se sont longuement penchés sur l’incident qui s’est produit lundi dans le village de Békaata, au cœur du Chouf, et qui a failli mettre le feu aux poudres entre druzes et chiites.
Les faits sont plus ou moins connus : un convoi de trois véhicules 4x4, vitres teintées, traversait ce jour-là ce village, situé sur la route qui relie Beiteddine à Moukhtara, lorsque l’un des véhicules est entré en collision avec une voiture appartenant à un habitant de la localité. Une rixe s’en est suivie entre les occupants du convoi – neuf personnes au total – et des habitants de ce village druze. L’affaire a pris de l’ampleur et d’autres habitants, munis de bâtons, d’instruments contondants et de tout ce qui pouvait leur servir d’armes sont venus prêter main-forte à leurs camarades.
C’est alors qu’une unité de l’armée est intervenue pour mettre un terme à l’échauffourée et libérer les neuf occupants du convoi des griffes des villageois.
Mais qui étaient-ils au juste ? Selon des témoins, les passagers des trois véhicules se sont d’abord présentés devant le propriétaire de la voiture accidentée comme étant des membres du service de renseignements de l’armée. Puis, aux habitants qui les encerclaient, ils ont dit qu’ils étaient des techniciens du ministère des Télécoms. Enfin, aux soldats de l’armée, ils ont affirmé être des membres du Conseil supérieur chiite et qu’ils se trouvaient à Békaata tout à fait par hasard, ayant perdu leur route.
Ultérieurement, il est apparu, selon des sources sécuritaires, que les neuf passagers sont des membres du Hezbollah. Et il s’agirait en effet de techniciens, mais affectés à l’entretien régulier du réseau de télécoms privé du Hezb, mis en place dans la région du Chouf il y a quelques années. Les sources sécuritaires ont ajouté qu’aucune enquête n’a été menée auprès des neuf personnes après la fin de l’incident.
Dans les milieux de l’opposition, on s’est empressé de s’interroger sur la signification de ce qui s’est passé. Une source sécuritaire a répondu en assurant qu’il ne faut pas considérer l’incident comme une provocation délibérée ou comme une tentative de susciter des heurts sectaires dans la Montagne.
Pour certains milieux au sein du 14 Mars, il paraît clair que l’affaire revêtait un caractère de message adressé par le Hezbollah au chef du PSP, Walid Joumblatt, au moment où ce dernier s’apprêtait à lancer son initiative politique en vue de rapprocher les points de vue des deux camps sur la question gouvernementale.
Cependant, pour la source sécuritaire, la leçon qui doit être tirée de l’incident est qu’il se confirme de plus en plus que l’espace dans lequel la « Résistance » peut se mouvoir en liberté a commencé à rétrécir sur le territoire national ; autrement dit que le Hezbollah dispose d’une marge de manœuvre de plus en plus limitée dans les régions druzes, sunnites et chrétiennes du pays.
(Pour mémoire : Les indépendants du 14 Mars au Chouf dénoncent le mutisme face aux débordements du Hezbollah à Bekaata)
L’agressivité dont ont fait preuve les habitants de Békaata à l’égard des « intrus » illustre, en effet, une montée claire du sentiment d’hostilité à l’égard du Hezbollah, tant chez les gens du commun que sur la scène politique, au point que les tabous qui protégeaient naguère la « Résistance » et ses membres sont à présent tombés.
Aujourd’hui, on reproche de plus en plus, d’ailleurs, au Hezbollah d’avoir, par son comportement et sa posture qui transgressent la loi et les institutions de l’État, encouragé l’apparition de phénomènes de rue tels que celui du cheikh salafiste Ahmad el-Assir. Ce dernier ne brandit-il pas la menace de former lui aussi un bras armé ?
Dans ce contexte, et étant donné que la communauté internationale est trop occupée ailleurs, on insiste dans les milieux centristes sur la nécessité de reprendre le dialogue en vue de parvenir cette fois-ci à un accord fabriqué au Liban, sur la base de l’initiative du président de la République, Michel Sleiman, et des principes énoncés dans la déclaration de Baabda, qui met l’accent notamment sur la neutralité du Liban à l’égard de la politique des axes régionaux.
Comme le souligne un ministre, après Le Caire, Lausanne, Genève, Taëf et Doha, le temps est venu de tenter de conclure un « accord de Baabda ».
Lire aussi
Les faits sont plus ou moins connus : un convoi de trois véhicules 4x4, vitres teintées, traversait ce jour-là ce village, situé sur la route qui relie Beiteddine à Moukhtara, lorsque l’un des véhicules est entré en collision avec une voiture appartenant à un habitant de la localité. Une rixe s’en est suivie entre les occupants du convoi – neuf personnes au total – et des habitants de ce village druze. L’affaire a pris de l’ampleur et d’autres habitants, munis de bâtons, d’instruments contondants et de tout ce qui pouvait leur servir d’armes sont...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine