Malheureusement, c’est toute la grandeur de la civilisation qui a failli fondre le jour où j’ai mis les pieds au ministère de la Santé. Évidemment, ma description (fidèle) ne concerne qu’un seul étage. Je suis loin de vouloir généraliser. Bref, sans vouloir paraître ingrate, je remercie du fond du cœur tous ces fonctionnaires de l’État qui s’efforcent de servir des centaines de citoyens au quotidien. Merci, merci, et encore merci ! Mais un peu de décence quand même. Pourquoi ce besoin de raconter sa vie privée et celle de ses enfants et de leur niveau académique devant un homme qui s’impatiente parce que sa pause déjeuner s’est achevée pendant la description du cours d’histoire-géo du fils prodige de la fonctionnaire en question ? Pourquoi discuter avec son collègue de la solution ultime des problèmes du Proche-Orient en faisant poireauter durant 10 minutes un jeune fraîchement diplômé ? Quant à l’agressivité gratuite, n’en parlons pas. Un bac + 8 se voit traité comme un gosse dans une cour de récréation. On lui parle sur un ton qui laisse à désirer, mais qui par ailleurs justifie l’impolitesse aiguë des générations montantes.
Il ne faut pas nier que parfois le fonctionnaire se doit d’agir de la sorte car le Libanais courtois, généreux, hôte international a souvent une autre face, celle de l’arrogant arriviste qui n’a de respect pour personne sinon pour lui-même. Il a longtemps fait d’oublier « le renard passe passe à chacun à son tour » car, pour lui, son tour c’est à l’instant. Bousculer pour prendre l’ascenseur alors que dix autres personnes attendent leur tour, se frayer un passage parmi une petite foule qui attend sont pour lui la preuve de sa subtile intelligence. J’applaudis les campagnes à la télé qui tentent en vain de transmettre les bases du protocole de la vie sociale à travers des anecdotes de la vie quotidienne. Je les plains en même temps car il est particulièrement difficile de faire face au quotidien à une oreille qui n’entend que ce qu’elle veut entendre.
Qu’il est dommage, vraiment, de se sentir étranger chez soi ! Il est dur, en effet, de ne plus trouver d’excuses pour justifier le « comment » et le « pourquoi » de son pays et sa volonté d’y rester. On prend l’avion, on voyage, on se met en rang même dans un supermarché ; on est fier de dire à la vendeuse qu’on vient du Liban ; on reprend l’avion et comme par magie – ou sortilège – celui qui avait peur de dépasser la ligne jaune sans qu’on ne l’y invite deux fois ailleurs se permet de vous bousculer une fois sur le sol national et, si vous osez vous plaindre, c’est un œil noir qu’il vous lance, parce que lui, son argent est roi.


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Le Libanais, à l'étranger, il est étranger et se conforme à toutes les lois, plutôt il les subit malgré lui. Mais... une fois au Liban, FAWDA YIA 7ABIBET 2ALBI... WIL CHATER celui qui joue des coups de coudes pour être le premier dans la Q. ou celui qui vient avec une carte de visite "importante" et passe en premier...
11 h 48, le 23 novembre 2012