L’eau, enjeu majeur du changement climatique : longues périodes de sécheresse, inondations... seront, s’ils ne le sont déjà, plus fréquents dans le monde. Ici, une inondation après des averses à Kab Élias, dans la Békaa, en mars dernier. Photo Danièle Khayat
À quelques semaines seulement du dix-huitième sommet sur le changement climatique de l’ONU qui a lieu, cette année, à Doha, une nouvelle campagne est axée sur les liens étroits entre l’énergie et les ressources hydrauliques : en effet, selon Habib Maalouf, président du Comité libanais sur l’environnement et le développement, le secteur de l’énergie est devenu le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au Liban (en raison de la multiplication des générateurs privés polluants dans toutes les régions), alors que les ressources hydrauliques sont la première et plus évidente victime du changement climatique... qui résulte des émissions de gaz.
« Voilà pourquoi nous avons décidé de nous concentrer, en début de campagne, sur l’énergie et l’eau, explique M. Maalouf. Nous aborderons ensuite le problème de l’impact sur l’agriculture, puis la question du trafic (l’autre grande source de pollution de l’air) et de l’incapacité à instaurer un transport public digne de ce nom. Nous essaierons de renverser la tendance qui s’est confirmée après la guerre civile, et qui a favorisé l’usage de la voiture individuelle par le seul développement de l’infrastructure routière. »
Pour les fondateurs de la campagne, il était donc évident que les sujets de l’énergie et de l’eau sont très liés. « À la fin des années 70, quelque 70 % de l’électricité produite au Liban était hydraulique, explique M. Maalouf. Le choix des centrales thermiques a modifié cette situation de manière dramatique. »
Si on devait redévelopper l’hydroélectricité, cela ne signifierait-il pas qu’il faut construire de nouveaux barrages (ce à quoi la campagne s’oppose, notamment) ? « Pas du tout, répond-il. Si on examine bien la situation qui prévalait par le passé, il n’y avait qu’un barrage, celui de Qaraoun. Le reste de l’hydroélectricité était produite sur des sites d’eau courante ou de chutes d’eau. On aurait pu multiplier ces centrales ou les améliorer. Selon une étude que nous avons effectuée, il est encore possible d’augmenter la production d’hydroélectricité de 400 à 500 mégawatts, en plusieurs centrales qui équivaudraient à une grande centrale thermique. Le gouvernement propose, pour sa part, de produire l’électricité par le biais d’une incinération des déchets à très haute température (“Waste to Energy”). Nous pensons que cette option est difficile à réaliser dans un pays comme le Liban : il est vrai que les émissions sont très minimes, mais cette technologie est bien trop pointue et chère, et requiert une maintenance continue, ce qui dépasse, selon nous, les moyens du Liban. D’ailleurs, tous les choix technologiques doivent être accompagnés de débats avec la société civile. »
« Pourquoi stocker l’eau à la surface ? »
M. Maalouf insiste sur la nécessité d’élaborer une stratégie préalablement aux choix de technologies. La campagne compte aussi critiquer des stratégies existantes comme celle de la gestion de l’eau proposée par le ministère du même nom, et principalement fondée sur les barrages. « Nous avons une étude qui montre que les barrages s’accompagnent de nombreux inconvénients, dit-il. Or, l’hydroélectricité peut être obtenue par d’autres moyens. Quant à la distribution d’eau, elle implique de mieux connaître la quantité d’eau que la nature nous a donnée avant de décider de bâtir plus de quarante barrages à plus de deux milliards de dollars. Il faut savoir, par exemple, que la nature nous a fourni de nombreuses sources d’eau potable. On devrait en profiter d’une manière durable, et, surtout, penser à protéger ces sources. C’est après avoir étudié les façons de profiter de manière optimale de nos ressources qu’on pourra mieux évaluer notre besoin de barrages. À notre avis, nous n’en aurons pas besoin. Même si le changement climatique nous accule à stocker de l’eau en cas d’amenuisement des ressources, il serait inutile de le faire à découvert, avec un taux d’évaporation qui va augmenter et de l’eau qui finira en mares stagnantes. »
Comment la campagne va-t-elle faire entendre sa voix? « Pour commencer, notre rassemblement compte des ONG de tous bords, et non seulement d’environnement, répond M. Maalouf. Nous allons organiser des tables rondes de débat avec tous les officiels concernés, dont la première le 23 novembre. Nous ne comptons pas travailler contre l’État mais avec lui, pour assurer un meilleur avenir de gestion de l’eau. »
Pour mémoire
Roy Mahfouz parie sur le vent pour ramener la lumière au Liban
Les énergies renouvelables pourraient-elles sauver le secteur de l’électricité au Liban ?
« Voilà pourquoi nous avons décidé de nous concentrer, en début de campagne, sur l’énergie et l’eau, explique M. Maalouf. Nous aborderons ensuite le...

