À Francfort, Mario Draghi a donné le sentiment du devoir accompli. Daniel Roland/AFP
Cette décision était largement anticipée par les analystes, qui considèrent qu’une baisse du taux n’aurait que peu d’effet sur la conjoncture, à l’instar de celle de juillet (de 0,25 point) qui a échoué à relancer la machine économique. « Baisser les taux dans l’environnement actuel de forte segmentation des marchés risque de stimuler la croissance là où c’est le moins nécessaire », jugeait avant la décision Dirk Schumacher, de Goldman Sachs. C’est-à-dire qu’elle aurait profité aux économies solides, comme celle de l’Allemagne, et pas à celles qui vont mal.
L’institution monétaire de Francfort s’est contentée de se cantonner, comme en octobre, à un rôle d’observateur de la crise. Alors que les perspectives économiques pour la zone euro dans son ensemble se sont encore ternies, M. Draghi a donné le sentiment du devoir accompli. Selon lui, son nouveau programme de rachat d’obligations (programme OMT), annoncé en septembre, a permis « une série d’améliorations sur les marchés », avec notamment le retour des investisseurs étrangers et en particulier américains.
Quant aux taux d’emprunt espagnols et italiens, qui s’étaient envolés au cours de l’été à un point tel que le scénario d’un éclatement de la zone euro a fait son chemin, ils ont retrouvé des niveaux supportables.
Situation confirmée hier avec une émission espagnole de 4,763 milliards d’euros à un taux en baisse à 3 et 5 ans, mais en hausse à 20 ans. Une émission avec laquelle Madrid a bouclé son programme d’émissions obligataires pour 2012. Et tout cela sans même qu’un cent n’ait été déboursé puisqu’aucun État n’a fait de demande d’aide, condition essentielle posée par la BCE. « Nous sommes prêts à agir », a réaffirmé M. Draghi, l’air satisfait de son instrument, qui a fourni « un rempart efficace » contre la crise de la dette.
Cependant, la zone euro est loin d’être sortie d’affaire comme en témoignent les dernières prévisions de la Commission européenne qui table sur une stagnation du PIB (+0,1 %) et un niveau de chômage record de l’ordre de 12 % en 2013. Une situation qui devrait aussi rattraper l’Allemagne, première économie de la région, ont mis en garde les économistes qui conseillent le gouvernement du pays, ainsi que M. Draghi. Lors d’un discours devant des banquiers à Francfort, M. Draghi, qui fête ce mois-ci sa première année à la tête de la BCE, a répété que les mesures de son institution « peuvent ramener la confiance à court terme » mais ne seront pas suffisantes à long terme, bien que la menace d’un éclatement de la zone euro ait été mise en sourdine depuis la rentrée. Et il a appelé une nouvelle fois les dirigeants européens à poursuivre les réformes structurelles et budgétaires entamées pour rassurer le reste du monde sur la viabilité de leur projet.
(Source : AFP)

