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Nos lecteurs ont la parole

Histoire d’un Salon

Maroun B.NEHMÉ
En revivant ma nostalgie des années quatre-vingt, j’ai revécu la grande illusion de la culture livresque et son charme désuet. Fallait-il être ipodé, ipadé et j’en passe, pour sacrifier aux divinités modernes ma part de «lectriture», de troquer le papier contre l’électron et celui-ci contre le vide sidéral d’une pensée qui se cherche car elle a perdu sa forme imprimée.
C’est l’ère de la lecture intermittente dont la forme évanescente n’est que l’aspect épiphénomènal.
Le Salon francophone, qui fêtait ses vingt ans cette année, s’est tenu grâce à la ténacité de ses organisateurs, dans des circonstances exceptionnelles. Il aura servi à raviver le débat autour de son rôle et de sa finalité.
Destiné au grand public, jamais un Salon n’a pourtant suscité autant d’interrogations allant jusqu’à la crise d’identité, comme seules les valeurs qu’il porte peuvent engendrer. Porté par l’hubris, nous y sommes presque tous, professionnels du livre, certains par conviction et d’autres par esprit de solidarité.
À quoi sert-il pour nous professionnels qui avons d’abord le souci majeur de la survie de nos entreprises?
À quoi sert-il pour le public francophone qui boude en majorité les espaces publics au profit de l’Internet?
À quoi sert-il pour l’édition francophone qui ne s’y retrouve pas faute d’interlocuteurs?
Un Salon de libraires, quelque animé fût-il, apporte-il davantage que nos librairies présentes dans les différentes zones géographiques ou du moins celles qui en valent la peine. N’est-il pas à contre-courant d’un choix souvent solitaire ou numérique d’une lecture aux supports multiples?
Afin que cette 19e édition réponde à nos aspirations, le public devra jouer un rôle essentiel, celui de manifester clairement son appartenance à la francophonie, non plus seulement comme choix culturel mais aussi comme choix identitaire, un hymne à la vie civile. Nos libertés individuelles, intellectuelles et humaines sont en effet menacées par la barbarie à visage inhumain, celle-là même qui cherche à assassiner la «lectriture» sachant qu’elle renaît difficilement de ses cendres.
La seule et vraie question est bien celle-ci: quelle francophonie voulons-nous, laquelle défendons-nous ? Celle du cercle vicieux ou celle du cercle vertueux, une francophonie fermée par peur de disparaître ou celle ouverte et militante au sein d’un milieu hostile ou indifférent. Notre devoir de professionnels est de remettre la francophonie «orientale» au cœur de ce monde multilingue où elle aura toute sa place et à l’imposer à l’Occident désorienté.
Si pour le patron du Centre national du livre le rayonnement de la langue française dans cette région du monde passe par le Liban, il faudra bien que le Salon francophone de Beyrouth se professionnalise, d’une part, et accueille, d’autre part, un public aspirant au multilinguisme. La survie de nos valeurs ne se fera que dans l’altérité. L’enfer, ce ne sont plus les autres.

Maroun B.NEHMÉ
En revivant ma nostalgie des années quatre-vingt, j’ai revécu la grande illusion de la culture livresque et son charme désuet. Fallait-il être ipodé, ipadé et j’en passe, pour sacrifier aux divinités modernes ma part de «lectriture», de troquer le papier contre l’électron et celui-ci contre le vide sidéral d’une pensée qui se cherche car elle a perdu sa forme imprimée.C’est l’ère de la lecture intermittente dont la forme évanescente n’est que l’aspect épiphénomènal. Le Salon francophone, qui fêtait ses vingt ans cette année, s’est tenu grâce à la ténacité de ses organisateurs, dans des circonstances exceptionnelles. Il aura servi à raviver le débat autour de son rôle et de sa finalité.Destiné au grand public, jamais un Salon n’a pourtant suscité autant d’interrogations allant jusqu’à...
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