L’une des premières victimes de cette radicalisation du conflit entre les deux camps en présence, survenue après l’attentat d’Achrafieh qui a coûté la vie au général Wissam el-Hassan, chef des renseignements des FSI, est la réunion de dialogue économique et social qui devait initialement se tenir hier au Grand Sérail et regrouper les partenaires sociaux et les ministres concernés.
Dans les milieux proches de la présidence du Conseil, on ne cache pas sa satisfaction à l’égard de l’ajournement de cette réunion, dont on craignait qu’elle ne débouchât sur une crispation sociale redoublée. Une telle crispation eût été, en effet, très malvenue dans le contexte politique actuel, à l’heure où le gouvernement subit quotidiennement les assauts d’une opposition plus que jamais déterminée à obtenir sa chute.
Pour l’instant donc, les positions de part et d’autre de l’échiquier politique demeurent inchangées. D’un côté, le 14 Mars réclame la démission du cabinet Mikati et fait de cette démission une condition pour la reprise du dialogue. L’alliance demande la mise en place d’un gouvernement « neutre » et même dépourvu de couleur politique et qui aurait pour tâche de s’occuper des questions de la vie quotidienne et d’organiser les élections législatives du printemps prochain sans prendre part au débat politique en cours dans le pays. Le cas échéant, il reviendrait à la table de dialogue de se pencher sur les dossiers litigieux, y compris celui de la loi électorale.
Le 8 Mars rejette de son côté ces demandes et refuse que le gouvernement démissionne avant un accord général qui porterait non seulement sur les quelques mois à venir, mais aussi sur la phase postérieure aux législatives de 2013.
Dans ce cadre, le président de la Chambre, Nabih Berry, tente de dégager un compromis qui aboutirait au départ de l’équipe gouvernementale, mais sur la base d’un accord préalable entre les principaux protagonistes.
M. Berry s’est ainsi ouvert de sa proposition lors de ses contacts du mercredi avec les députés des différents blocs. Mais loin de préconiser la formation d’un gouvernement sans couleur politique, le chef du législatif tente de promouvoir une nouvelle fois une formule de cabinet d’union nationale.
Des sources au sein du 14 Mars estiment qu’il revient à la partie adverse et non à l’opposition de se prononcer, ne serait-ce que par des signaux, sur la nouvelle initiative de M. Berry, en ce sens qu’aux yeux de l’alliance, le 8 Mars est tenu de donner des gages de bonne volonté après l’attentat contre Wissam el-Hassan. Cependant, on s’interroge dans les milieux indépendants du gouvernement sur les intentions réelles de l’opposition. Comment, en effet, des représentants du 14 Mars pourraient-ils accepter de se joindre, dans le cadre d’un cabinet d’union nationale, à d’autres du Hezbollah à la suite des accusations lancées par le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, et d’autres responsables de l’alliance contre ce parti au sujet de l’attentat d’Achrafieh ?
Certains observateurs pensent qu’en tout état de cause, un accord global sur la phase ultérieure est nécessaire dès aujourd’hui pour entrevoir une sortie de crise. Un ancien ministre parle même de la nécessité d’un accord sur l’ensemble des dossiers litigieux, unique condition à ses yeux pour épargner au Liban toute séquelle des événements qui se déroulent dans la région, et en particulier en Syrie.
Toutefois, l’un des piliers du patronat pense au contraire qu’étant donné la radicalité du conflit entre le 14 et le 8 Mars, l’unique voie possible consisterait dans la mise en place d’un gouvernement « incolore » qui resterait à l’écart des questions politiques et se chargerait de gérer les affaires quotidiennes et de réactiver les institutions et les appareils de l’État.


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