Voilà qui nous renvoie cruellement à notre immaturité civique et politique. Nous reconduisons systématiquement au pouvoir des dirigeants visiblement incapables de diriger, tous tant qu’ils sont, un mouchoir de poche de 4 petits millions d’habitants. Déjà pas fichus d’assurer l’électricité en continu à l’ensemble du territoire, pire encore, l’eau, alors que le pays représente le principal réservoir de la région, on se demande avec terreur de quelle manière ils pensent faire face aux catastrophes possibles : tremblements de terre, incendies à grande échelle ou tsunamis. C’est à peine si, à l’approche des législatives, pour se rappeler au bon souvenir des électeurs, ils leur font l’aumône d’une lichette d’asphalte sur un chemin de nulle part. Soyons sérieux, si nous acceptons ce traitement indigne, c’est au nom de la sacro-sainte répartition communautaire du pouvoir.
Les figures qui restent en place, d’année en année, doivent leur survie à des critères du genre : « Que vont devenir les chrétiens du Liban avec la montée de l’intégrisme islamique ? » ou « Que vont devenir les sunnites du Liban sous la menace armée et démographique des chiites ? », ou encore « Que restera-t-il des chiites du Liban s’ils ne s’imposent pas face à l’océan sunnite qui les entoure? » La vraie question, tout le monde le sait, se pose sur ce qu’il restera des Libanais tant qu’ils ne seront pas capables de former un peuple, sur une planète où les ressources s’épuisent et où les guerres annoncées seront des guerres d’annexion et de prédation pour le minimum vital. Nos dirigeants font leurs choux gras de ces phobies primaires. Il leur suffit de toucher la corde sensible du communautarisme pour soulever les foules et poursuivre tranquillement leur petit business sur le dos de la bête. Et si nous tentions la solidarité ? Si, par exemple, en ces temps de vaches plus maigres que maigres, nous décidions de nous entraider sans arrière-pensée de profit. Au pays du « Chacun pour soi et Dieu pour tous », si, pour une fois, nous inversions l’adage ? « Chacun son Dieu et tous pour tous », voilà qui devrait nous immuniser.


Il ne suffit pas de crier !
07 h 52, le 01 novembre 2012