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Nos lecteurs ont la parole

Nausée matinale

Par Michèle M. GHARIOS
Il y a le lendemain de ce jour maudit où tu te réveilles fatigué, comme si tu n’avais pas dormi. La nuit a été agitée dans le sens où les images accumulées dans ta tête n’arrêtaient pas de défiler au point de te donner le tournis, de t’assommer, même tout endormi.
Il y a donc ton réveil, ton café très noir et ton pouls qui tambourine un peu partout dans ton corps fébrile, tu sens ton sang qui cogne sur tes tempes, dans ta tête lourde, tellement lourde d’avoir encaissé un flot d’informations viciées, un fleuve d’horreurs, de violence.
La veille, assis devant ton téléviseur, tu as zappé d’une chaîne locale à une autre, tu t’es même promené du côté des chaînes internationales, mais l’écran ne semblait vouloir véhiculer rien d’autre que du sang, du laid, du moche.
Tu sirotes ton café refroidi, tu l’avales, tant pis, de toute façon il n’avait pas de goût. Et ce nœud-là, au ventre, comme une boule de feu indigeste, insoluble, ce nœud semble se nouer davantage au fur et à mesure que le soleil trouve sa place au ciel, que la journée se confirme, que les minutes passent.
10 heures. Tu te décides enfin à quitter ton fauteuil, tu voudrais tellement affronter la journée, l’empoigner, en faire quelque chose d’utile. Mais une lassitude te prend sous son emprise, te force à prolonger ton apathie avec le dégoût comme credo, le dégoût maître mot qui t’assomme de ses deux syllabes lourdes. Tu te dégages enfin de ses griffes et tu te lèves. Tu voudrais en parler, mais les mots échappent à ton langage. Tu es tellement dépité que tu préfères observer et te taire. Tu sens que tout ce que tu pourrais écrire, dire, faire serait vain. Ta bouche est fatiguée de se taire, mais ta mâchoire qui a trop serré les dents machinalement, ces dernières 24 heures, te force à la garder immobile pour soigner ses courbatures.
Le reste de ton corps obéit à des gestes lents, tes bras, tes jambes, ton regard aussi ; tout est bien parti pour que tu perdes très vite le reflexe de respirer. Tu t’abandonnes au tourbillon de la tourmente, peut-être parce que c’est plus facile ou parce que tu es sensible, tu es humain. Tu n’as toujours pas appris à te protéger, tu ne sais toujours pas comment rester imperméable aux ondes négatives qui t’envahissent, aux émotions trop fortes auxquelles tu t’exposes depuis si longtemps. Non, tu n’as pas appris.
Puis tu te réveilles, tu réalises que tu ne veux plus te laisser faire, que les vautours qui tournoient autour de toi faisant de toi une proie facile n’auront qu’à attendre. Tu t’en veux soudain d’avoir été faible et tu t’interroges sur le pourquoi de ta faiblesse. L’as-tu été pour éviter de te faire mal ? Par lâcheté ou par instinct de survie ?
Te voilà maintenant debout. La tête haute, le front dégagé, tu décides d’abattre la force destructrice qui avait pour seul but celui de t’anéantir, mais une fois debout, elle ne te paraît être que faiblesse velléitaire. Debout, tu es. La fierté d’appartenir à un peuple unique, un peuple grand, un peuple qui ne sait pas s’agenouiller, est plus forte. Beaucoup plus forte qu’on ne le pense. Elle ne saurait s’ébranler en affrontant des actes lâches. Ces actes-là n’ont pour rôle que de la renforcer. Ah ! Si les commanditaires de ces actes barbares le savaient ! Te voilà donc debout, tu respires un grand coup, ton énergie reprend enfin du poil de la bête. Et tu te sens pousser des ailes. L’envie, le besoin, le devoir de révolte se font de plus en plus pressants. Tu veux dénoncer, tu veux crier, tu veux hurler et tu veux changer les choses, dire ça suffit, dire : allez vous faire voir, personne ne me volera mon pays, mes racines, mon existence. Mon sang bouillonnera désormais dans le bon sens, celui de la survie. Mon peuple portera désormais la couleur des matins vifs où l’honnêteté et la grandeur font de ses enfants des enfants nobles et beaux .
Tu te lèves donc et tu affrontes. Personne ne pourra plus se mettre au travers de ton chemin pour t’empêcher d’exister à ta manière. Personne ne pourra plus t’arrêter dans ton avancée. Personne. D’ailleurs, ils tremblent de peur de te voir ressuscité. De ne plus accepter. De ne plus te résigner. Ils tremblent et tu souris, revigoré.
Ah ! S’ils savaient que le sang qu’ils avaient fait couler a en fait arrosé le cèdre enraciné en toi, dans ton cœur, le rendant immortel, inébranlable.
Il y a le lendemain de ce jour maudit où tu te réveilles fatigué, comme si tu n’avais pas dormi. La nuit a été agitée dans le sens où les images accumulées dans ta tête n’arrêtaient pas de défiler au point de te donner le tournis, de t’assommer, même tout endormi.Il y a donc ton réveil, ton café très noir et ton pouls qui tambourine un peu partout dans ton corps fébrile, tu sens ton sang qui cogne sur tes tempes, dans ta tête lourde, tellement lourde d’avoir encaissé un flot d’informations viciées, un fleuve d’horreurs, de violence.La veille, assis devant ton téléviseur, tu as zappé d’une chaîne locale à une autre, tu t’es même promené du côté des chaînes internationales, mais l’écran ne semblait vouloir véhiculer rien d’autre que du sang, du laid, du moche.Tu sirotes ton café refroidi,...
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