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Culture - Théâtre

« Mémoire en retraite », paroles en avant

Dans le cadre de Minassa, au Tournesol, « Mémoire en retraite », texte et mise en scène de la jeune Tunisienne Meriam Bousselmi. Avec Sleh Msadek et Kabil Sayari.

Désemparé par la maladie de son père, le fils tente de faire face. Photo Nasser Traboulsi

«Les Tunisiens sont trop bavards.» Cette phrase chuchotée (entendue au vol) par un homme de théâtre libanais à sa consœur (dont on taira les noms pour des raisons évidentes) à la sortie de Mémoire en retraite résume à elle seule la pièce présentée au théâtre Tournesol dans le cadre de «Minassa, rencontres autour du théâtre arabe aujourd’hui».
Oui, effectivement, les enfants de Carthage sont prolixes côté expression orale. Au théâtre encore plus qu’ailleurs. Les dialogues prennent souvent la forme de tirades ou de stichomythie (échange rapide de répliques courtes et vives) à haut débit. La pièce de Meriam Bousselmi s’inscrit par excellence, dans sa diction, ses intonations, ses positions physiques et ses jeux de lumières (on/off, apparitions/disparitions), dans le répertoire du théâtre tunisien.
On y reconnaît, un peu d’ailleurs, la patte de Mohammad Driss, qui en a signé la scénographie et l’a prise sous l’aile du Théâtre national tunisien, dont il est le directeur.
Comme son nom l’indique, Mémoire en retraite (présentée en off du festival d’Avignon en collaboration avec Tamam) parle de souvenirs qui partent en vrille. Et, plus précisément, de la maladie d’Alzheimer, cette lente et incurable dégénérescence des cellules nerveuses, provoquant chez le malade des trous de mémoire, des troubles du langage et du comportement, un dérèglement spatio-temporel et une perte totale d’autonomie. Le père, avocat tonitruant dans une autre vie, devient alors un malade devant être pris en charge pour tous les actes de la vie quotidienne: la toilette, les repas...
Désemparé par cette dégradation irréversible dont il est le témoin privilégié, son fils tente de faire face à la situation et de lui porter assistance, devenant ainsi le père de son père, jusqu’à souhaiter prendre sa place dans le lit d’agonie.
Dramatique, pathétique même, cette histoire est ancrée dans le temps présent. Dans la Tunisie (le monde arabe) en proie à des bouleversements et à des questionnements. Elle traite des questions de notre existence aujourd’hui, des printemps arabes qui révolutionnent leurs pays, sous le prisme de l’univers troublant et fascinant de la mémoire. «Elle ne raconte pas, elle évoque. Dans la vie, tout part parfois dans tous les sens. Cette pièce aussi», affirme la jeune auteure et metteur en scène. La maladie devient alors un pretexte au récit et non pas une fin en elle-même.
«La mémoire est pour un peuple ce qu’est l’histoire pour un livre. Sans mémoire, l’humanité n’a aucun espoir», écrit encore Bousselmi.
En attaquant notamment les centres nerveux du langage, la maladie d’Alzheimer interroge ce qui est la particularité de l’espèce humaine et l’essence même du théâtre: la parole. Que devenons-nous lorsque disparaît notre capacité à nommer les êtres et les choses? Comment communiquer, dire l’amour, le désarroi, la douleur et les prières lorsque les mots n’ont plus de sens? Et comment ne pas rester... muet lorsque la confusion des esprits dénie la relation filiale, cette transmission de la mémoire et de l’hérédité qui est à la base même de notre société et sur laquelle se construit tout individu?
Confronté à l’anéantissement du sens, le fils n’a d’autre choix que de prendre la parole. Dans une tentative de la revaloriser. De lui redonner un sens.
Ce drame, selon la formule célèbre de Victor Hugo, veut mêler «le sublime et le grotesque» et abaisser les barrières qui séparent les genres, en faisant passer le spectateur du rire aux larmes. Il y réussit, presque. Quelques couacs, notamment sur le plan technique, en ont entravé la mission. Avec un thème aussi dur, la parole trop fournie (avec des belles trouvailles toutefois) laisse le spectateur un peu trop désorienté. Souhaitant s’en rappeler des bribes et en oublier d’autres. Ah, la mémoire, pernicieuse compagne...
«Les Tunisiens sont trop bavards.» Cette phrase chuchotée (entendue au vol) par un homme de théâtre libanais à sa consœur (dont on taira les noms pour des raisons évidentes) à la sortie de Mémoire en retraite résume à elle seule la pièce présentée au théâtre Tournesol dans le cadre de «Minassa, rencontres autour du théâtre arabe aujourd’hui». Oui, effectivement, les enfants de Carthage sont prolixes côté expression orale. Au théâtre encore plus qu’ailleurs. Les dialogues prennent souvent la forme de tirades ou de stichomythie (échange rapide de répliques courtes et vives) à haut débit. La pièce de Meriam Bousselmi s’inscrit par excellence, dans sa diction, ses intonations, ses positions physiques et ses jeux de lumières (on/off, apparitions/disparitions), dans le répertoire du théâtre tunisien. On...
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