« Gonfler » peut même être considéré comme un euphémisme, sachant que les augmentations prévues de leurs salaires sont d’environ 35% sans impôts, ce qui reviendrait à un accroissement mensuel de 4,3 millions de LL (presque 3000 dollars), contre 270000 LL pour les ouvriers.
Sans vouloir rentrer dans les détails et les répercussions négatives de ces augmentations sur le plan économique dans un pays en crise – les spécialistes en économie sont mieux placés pour le faire –, je ne peux qu’éprouver de la répulsion, du dédain et de l’incompréhension vis-à-vis de ces hommes politiques qui sont censés défendre au mieux les intérêts de leur pays et de leurs concitoyens en premier lieu, et non leurs intérêts propres.
En effet, comment peut-on encore éprouver quelque respect pour ces personnages qui se battent pour obtenir des portefeuilles ministériels censés servir la nation et qui ont pour principale préoccupation d’arrondir leurs fins de mois, au détriment non seulement du bon sens, mais surtout de la décence tout court, dans un pays endetté jusqu’à la moelle et dont la situation économique n’a fait qu’empirer du fait des répercussions de la guerre en Syrie et de l’absence de touristes qui en a résulté...
Honte à vous, Messieurs les 19 Ministres (63%) qui avez rejeté la proposition du président Sleiman et de M. Mikati (que nous félicitons vivement pour leur probité et sens patriotique) d’annuler l’augmentation des rémunérations des ministres et députés, et chapeau pour ces 11 voix courageuses qui ont osé les contredire. Je propose d’ailleurs que ces prises de position mesquines de certains, pleines de dignité de certains autres, soient rendues publiques afin que tout citoyen libanais sache désormais à quoi s’en tenir quant à ces 30 ministres qui nous gouvernent.
Au moment où toute l’Europe se débat dans des crises économiques, où Francois Hollande dès son accession au pouvoir décide de réduire son salaire et celui de ses ministres de 30% et où d’autres pays européens vont aussi dans le même sens, même si c’est dans une moindre proportion, le Liban, qui se targue d’innover souvent dans sa manière de gouverner, se place décidément aux antipodes des pays qui ont à cœur de protéger l’intérêt national. Est-ce de l’inconscience totale, voire même de la bêtise ?
Est-ce du mépris pour l’intelligence de la majorité des Libanais ou tout simplement de l’exploitation pure et simple du peuple par ceux-là mêmes qui ont fait des mains et des pieds pour se faire nommer à ces postes?
Je laisse aux citoyens le soin d’en juger et de décider, sur cette base, de leurs bons choix, dans quelques mois, lorsque l’heure aura sonné pour élire les prochains représentants du peuple et, à travers eux, sanctionner les partis ou forces politiques qui nous ont imposé ces 19 ministres qui préfèrent leurs intérêts propres à ceux de leur pays.
André HADDAD


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