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Nos lecteurs ont la parole

Entre le cerveau et le bras...

George SABAT
Cette apostrophe, lancée dans le passé par un politicien libanais à un chef de l’Êtat, et citée par Christian Merville dans un de ses récents articles (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 13 septembre 2012), reste toujours de circonstance à notre époque et dans notre pays.
Le désert auquel il est fait allusion n’est autre que cette fameuse «volonté politique» que l’on rend responsable, à tort ou à raison, de tous les maux dont souffre le Liban.
Si l’on voulait être juste, il faudrait pourtant reconnaître que les véritables responsables du désintéressement, de l’incurie et de la corruption qui sévissent dans notre pays ne sont pas uniquement l’administration et les politiciens. Non, ceux qui sont aussi coupables qu’eux, ce sont les citoyens qui leur donnent tous les quatre ans carte blanche pour agir à leur guise, s’abstiennent de participer avec les autorités à la gouvernance et contribuent ainsi à transformer l’État en une gigantesque écurie d’Augias ou plutôt en une ferme, une «mazraa», comme on l’a si souvent décrit.
En fait, comme nous ne cessons de le constater, les membres de la société civile s’accordent toujours au départ sur la nécessité de modifier l’ordre établi mais refusent, en dernière instance, de travailler en groupe et préfèrent faire cavalier seul. L’adage populaire «l’union fait la force» est rarement mis à l’épreuve au Liban. En général, le Libanais répugne à partager ses atouts intellectuels ou matériels avec quiconque. Il s’attache plutôt à en tirer bénéfice ou gloire à titre personnel ou au profit de son groupe ou de sa communauté.
Le projet de plan national libanais de développement durable que nous ne cessons de réclamer depuis de nombreuses années ne fait pas exception à cette règle. Selon notre entendement, ce plan aurait dû être conçu pour permettre aux citoyens d’élaborer, en participation avec les autorités, les politiques sociales, économiques, infrastructurelles et financières de l’État pour les quatre années à suivre ainsi qu’un programme minutieusement étudié d’amélioration de nos relations avec la diaspora libanaise.
Dans nos précédents articles nous avions évoqué ce principe fondamental de toute politique gouvernementale conséquente et avisée. Nous avions aussi souligné avec insistance qu’un tel plan constituait le cadre et le fondement préalables à l’adoption de tout projet de réforme que l’on pourrait envisager d’entreprendre au Liban.
Or, nonobstant le fait que tous les intéressés s’accordaient sans réserve à reconnaître la nécessité d’un tel plan, aucun des divers groupements sociaux auxquels nous nous sommes adressés n’a voulu, en définitive, prendre part à notre initiative et se joindre à nos efforts en vue de mettre ce plan à exécution.
Les prétextes avancés pour justifier un tel refus étaient nombreux et variés. Certaines ONG locales arguaient de l’impossibilité de changer l’ordre établi et citaient l’absence de «volonté politique» au sein de l’administration. D’autres invoquaient le manque de financement ou les agendas préalables imposés par leurs commanditaires. D’autres encore sont même allés jusqu’à étrangement suggérer qu’une telle entreprise relevait du seul ressort de l’État et que la société civile ne devait en aucune manière y être mêlée.
En outre, certaines institutions étrangères, et non des moindres, installées au Liban, que nous avions approchées dans ce but, ont refusé, sous divers prétextes, de nous prêter appui sans que nous puissions comprendre les motivations d’un tel refus. Certains hauts responsables sont allés jusqu’à nous railler d’envisager de tels projets lesquels, selon eux, n’avaient pu être appliqués dans leur pays, insinuant de ce fait que nous étions incapables de faire mieux.
C’est ainsi que nous avons pu évaluer l’étendue du désert qui s’élève entre l’exigence des réformes et les contraintes imposées par l’environnement local et le manque de soutien extérieur.
N’empêche que nous refusons de baisser les bras, fermement convaincus que nous sommes de l’absolue nécessité d’élaborer un plan national de développement qui permettrait aux citoyens de prendre part les yeux grands ouverts aux prochaines élections législatives de juin 2013, et à l’État d’envisager en pleine connaissance de cause la réforme de nos institutions si celle-ci devait s’avérer nécessaire.

George SABAT
Cette apostrophe, lancée dans le passé par un politicien libanais à un chef de l’Êtat, et citée par Christian Merville dans un de ses récents articles (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 13 septembre 2012), reste toujours de circonstance à notre époque et dans notre pays.Le désert auquel il est fait allusion n’est autre que cette fameuse «volonté politique» que l’on rend responsable, à tort ou à raison, de tous les maux dont souffre le Liban.Si l’on voulait être juste, il faudrait pourtant reconnaître que les véritables responsables du désintéressement, de l’incurie et de la corruption qui sévissent dans notre pays ne sont pas uniquement l’administration et les politiciens. Non, ceux qui sont aussi coupables qu’eux, ce sont les citoyens qui leur donnent tous les quatre ans carte blanche pour agir à leur...
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