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À La Une - En Dents De Scie

(C’est) Byzance !

Quarantième semaine de 2012.
Il en a, des défauts, Recep Tayyip Erdogan. Des complexes. Des obsessions et des fantasmes politiques plus ou moins (in)avoués, plus ou moins avouables. Mais s’il est une chose qu’il est impossible de reprocher à ce fils fantasque, instable et un peu cyclothimique d’Atatürk et de Mehmet II, c’est de ne pas en avoir. De manquer de panache. Ou de fierté. Ou de patriotisme.
Dans l’Erdogan doublement guerrier (en guerre contre les ennemis du collectif turc et en guerre contre le cancer qui le lamine) de ces années 2000; dans l’Erdogan de cette période au cours de laquelle jamais la Porte n’a été autant sur le point de se rematérialiser, ne serait-ce que dans ses contours, il y a certes de furieuses réminiscences d’un thatchérisme en teflon, très Britania rules, mais il y a surtout l’alchimiste. Ce magicien proche-oriental, sunnite (qu’un Rafic Hariri par exemple a toujours rêvé d’être ; qu’il aurait pu essayer de devenir si l’axe Téhéran-Damas-Ghobeiry n’en avait pas décidé autrement) et capable de résorber les frustrations et/ou les craintes de la très grande majorité des Arabes et des Libanais. Ces Arabes épuisés par l’hystérie microbienne des fondamentalistes islamistes de tout poil voient dans la modération et la pondération erdoganiennes, aussi bancales soient-elles, l’ultime modèle de planche de salut; quant aux Libanais, plus désenchantés que jamais, ils ont grâce au Premier ministre turc l’impression d’être dignes de nouveau, le sentiment de vivre enfin, pour la première fois depuis plus de dix-neuf mois, depuis le démarrage de la révolte syrienne, même si c’est terriblement par procuration.
Le fait qu’elles aient été démenties ne les rend que plus prégnantes, ces excuses du régime syrien adressées mezzo voce à la Turquie ; des excuses dont pas la moindre syllabe, pas le plus inaudible des balbutiements n’ont pourtant été présentés au Liban. Bien sûr, Beyrouth n’a pas, comme Ankara, les moyens de montrer ses crocs, de quoi faire peur à Damas qui, chaque jour, bombarde les zones libanaises par-delà ses frontières, tue des citoyens, en kidnappe allègrement d’autres et multiplie ses incursions comme autant de viols consentants de cette souveraineté territoriale libanaise serpillère. Le tout accompagné du rictus autosatisfait et insupportable de Adnane Mansour, le chef de la diplomatie d’un Hezbollah outrageusement braqué sur le sud, et ses maîtres. Mais tout de même...
Un demi-Erdogan à un poste de pouvoir à Beyrouth, et les Libanais seraient nettement plus heureux, du moins plus rassurés. Non que le tandem Sleiman-Mikati n’ait pas fait d’efforts, ne se soit même surdopé : il reste malheureusement et lamentablement loin du compte, engoncé dans cette politique de distanciation joyeusement foulée aux pieds par le Hezbollah qui envoie ses miliciens-mercenaires en chef combattre et mourir aux côtés des forces d’Assad, sans se soucier le moins du monde de pousser ainsi leurs compatriotes sunnites à aller faire la même chose en aide aux rebelles, avec tous les risques d’importation de la crise syrienne dans un Liban déchiré entre les deux sectes mahométanes que cela entraîne. Le Hezb s’en moque impérialement – et l’inénarrable paon qu’est Nabih Berry continue de se vanter dans ses salons d’être le papa de cette distanciation qui fait hurler de rire tous les Turcs du monde.
Ils seraient bien inspirés, Michel Sleiman et Nagib Mikati, d’aller très rapidement faire un stage chez Recep Tayyip Erdogan. Avant que la grande majorité des Libanais ne (re)descende dans la rue pour réclamer, en alternance avec le mandat français, l’insensé mais aujourd’hui terriblement bienvenu retour de l’occupation ottomane.

P.-S. : ils seraient fort inspirés aussi, ces deux hommes, et avec eux, naturellement, les ministres de l’Intérieur et de l’Information (Walid Daouk, notamment, qui ne rate aucune occasion pour rappeler son sacro-saint attachement aux libertés de la presse...) de taper très violemment du poing sur toutes les tables après l’arrestation des deux journalistes de www.nowlebanon.com, Ana-
Maria Luca et Naziha Baassiri, par le Hezbollah à Nabichit. Il est urgent que cette énième exaction milicienne soit suivie et dénoncée au plus haut niveau. À moins que ne prévalent là aussi, là encore, les impérieux diktats de cette distanciation décidément de plus en plus nauséeuse et mortifère.
Quarantième semaine de 2012.Il en a, des défauts, Recep Tayyip Erdogan. Des complexes. Des obsessions et des fantasmes politiques plus ou moins (in)avoués, plus ou moins avouables. Mais s’il est une chose qu’il est impossible de reprocher à ce fils fantasque, instable et un peu cyclothimique d’Atatürk et de Mehmet II, c’est de ne pas en avoir. De manquer de panache. Ou de fierté. Ou de patriotisme. Dans l’Erdogan doublement guerrier (en guerre contre les ennemis du collectif turc et en guerre contre le cancer qui le lamine) de ces années 2000; dans l’Erdogan de cette période au cours de laquelle jamais la Porte n’a été autant sur le point de se rematérialiser, ne serait-ce que dans ses contours, il y a certes de furieuses réminiscences d’un thatchérisme en teflon, très Britania rules, mais il y a surtout...
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