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Nos lecteurs ont la parole

La liberté et le droit

Par Massoud ACHKAR
Il y a quelques jours, un juge libanais a interdit la diffusion sur la Toile du film L’Innocence des musulmans. Il n’est pas de mon ressort de discuter de la justesse ou non de cette sentence. Personnellement, en tant que chrétien, je me sens profondément atteint lorsqu’on tourne le Christ en dérision (depuis Mel Brooks jusqu’à Corpus Christi, en passant par Jesus Christ Vampire Hunter et beaucoup d’autres films disponibles sur Internet). C’est pourquoi je me sens solidaire de toutes les personnes, de quelque religion qu’elles soient, qui se sentent humiliées dans leurs croyances.
La première question que je me pose est celle de savoir si l’interdiction d’un lien sur Internet est une solution techniquement réalisable. Et la réponse est pour le moins évidente: les États-Unis n’ont pas pu empêcher Julian Assange de propager ses WikiLeaks à l’intention de tous les internautes. Des sites (comme Pirate Bay et Demonoid) et des services Usenet continuent de distribuer impunément les derniers films, ouvrages, chansons, des fois même avant qu’ils ne soient proposés au public. Je suppose donc, pour ne pas dire que je suis sûr, que rien n’empêchera le film de circuler sur le Net malgré toute la bonne volonté que pourra y mettre le ministère des Télécoms. D’ailleurs, la plupart des pays ayant tenté de censurer Internet (Chine, Arabie saoudite, Iran, Corée du Nord, Syrie, etc.) n’ont pas vraiment réussi jusqu’à présent comme ils l’espéraient.
Ma deuxième question porte, au-delà de l’aspect religieux de l’affaire, sur l’utilisation politique d’une action qui, finalement, n’implique que le réalisateur du film lui-même. Pourquoi accuse-t-on l’Amérique et l’Europe, des continents et des pays qui ont accueilli les musulmans à bras ouverts et leur ont permis d’exercer leur religion et de bâtir des lieux de culte sans discrimination aucune? Pourquoi l’ambassadeur Chris Stevens a-t-il payé de sa vie un film qu’il n’a probablement jamais vu ou même dont il ne soupçonnait pas l’existence? Quelle est la faute commise par le KFC de Tripoli, une entreprise libanaise qui emploie probablement et en majorité des musulmans? N’a-t-on finalement pas profité de la haine ou de la bêtise d’un seul homme (jusqu’à preuve du contraire), Nakoula Basseley, pour pousser certains musulmans à se livrer à des excès, surtout dans une région où la ligne entre le respect mutuel et la violence n’attend qu’un mot d’ordre pour être franchie?
Nous-mêmes sommes-nous exempts de tout péché? Pouvons-nous gagner la guerre de la censure alors que les États-Unis et aussi des entreprises américaines comme Google, Microsoft et Apple gèrent toute la communication mondiale? Il y a près de deux mois, Google et Apple retiraient l’application d’al-Manar de Apple Store et Google Play.
Bien que je sois un défenseur inconditionnel de la liberté d’expression, ces questions et ces réponses me mènent vers une réflexion personnelle et un souci d’éviter le pire: le monde aujourd’hui est polarisé religieusement comme il ne l’a jamais été. Il ne s’agit pas uniquement de défendre l’honneur du prophète Mohammad ou de Jésus-Christ, ni même de Bouddha ou de Yahvé. Il s’agit de nous défendre nous-mêmes contre ceux qui essayent de nous pousser aux pires excès à cause d’une erreur, pire: d’un crime commis par un seul homme.
L’expérience nous montre qu’on peut toujours «tomber plus bas» et nous pouvons, sans difficulté, imaginer un film qui tournerait en dérision le pape pour diviser les chrétiens, ou qui s’en prendrait à l’imam Ali pour pousser les musulmans à s’entretuer.
Avec les moyens infinis qu’offre Internet aujourd’hui, et comme pour le printemps arabe, un tweet peut déclencher une guerre. Il s’agit de savoir raison garder pour sauver la vie des autres d’abord et notre vie ensuite si les rôles venaient à être inversés.
C’est pourquoi je pense que le Liban doit, avec l’aide de juristes et d’intellectuels libanais de toutes les religions, proposer une loi universelle qui imposerait le respect des religions, non pas par la force, mais par le droit et la conviction. Que le Liban, qui a toujours été le défenseur de la liberté et du droit, reprenne, parce que le besoin devient pressent, son rôle précurseur.
Il y a quelques jours, un juge libanais a interdit la diffusion sur la Toile du film L’Innocence des musulmans. Il n’est pas de mon ressort de discuter de la justesse ou non de cette sentence. Personnellement, en tant que chrétien, je me sens profondément atteint lorsqu’on tourne le Christ en dérision (depuis Mel Brooks jusqu’à Corpus Christi, en passant par Jesus Christ Vampire Hunter et beaucoup d’autres films disponibles sur Internet). C’est pourquoi je me sens solidaire de toutes les personnes, de quelque religion qu’elles soient, qui se sentent humiliées dans leurs croyances.La première question que je me pose est celle de savoir si l’interdiction d’un lien sur Internet est une solution techniquement réalisable. Et la réponse est pour le moins évidente: les États-Unis n’ont pas pu empêcher Julian...
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