Le fondamentalisme apparaît ainsi comme une fixation de l’homme sur l’idée de faire perdurer l’ordre du pouvoir des plus forts, à partir de l’image de la toute-puissance de Dieu.
Or la paix, selon les dires du pape, ne peut venir qu’à partir d’une transfiguration de l’image de Dieu, et sur la base d’une mutation qui s’opère au niveau de notre vision, pour nous rendre sensible à cette transfiguration, et pour nous transporter de l’univers d’images qui font ressortir la gloire de Dieu à celui d’images mettant en relief un visage de Dieu fait de miséricorde, d’amour, d’humilité et de don inconditionnel.
Le Saint-Père nous a appris ainsi que pour recevoir la paix qu’il était venu nous donner comme serviteur, il nous faut accepter de devenir des serviteurs les uns pour les autres, toujours prêts à l’écoute mutuelle par-delà le sexe, la race, la couleur, la culture, l’appartenance religieuse et enfin l’affiliation familiale et/ou socioculturelle.
N’est-ce pas là le défi de la foi, quand elle est appréhendée comme un dépassement par rapport à toute attache identitaire pour devenir lien de service avec le prochain, dans le sens de la proximité physique, ordonnée principalement à partir des penchants altruistes en l’homme ?
Enracinez-vous dans la région, a-t-il répété plusieurs fois en s’adressant aux chrétiens d’Orient, mais tout en les appelant à vivre le défi de la foi à travers le service qui, en reproduisant leur union symbolique, rétablira le pont entre eux et les autres systèmes de foi dans leur milieu.
Aurais-je mal compris le message de Benoît XVI, le théologien incontesté de l’Église catholique ? Aurais-je vraiment mal décodé ses mots à partir de ce qui a filtré à travers mes sens à mon sens de son message ? L’aurais-je mal interprété ? J’aimerai souligner, à cet effet, que c’est ma version personnelle de ce qui m’est parvenu de son message.
Tout ce que je peux proposer après cette visite papale se résume en peu de mots : Benoît XVI était venu comme messager de paix ; il va dorénavant être, pour moi à tout le moins, ce messager de paix envoyé par la Providence, pour annoncer aux chrétiens d’Orient et à tous ses peuples que la paix ne va pouvoir se reconstruire dans cette partie du monde qu’à travers le service inconditionnel.
Le pape s’est voulu homme de parole, porteur d’un message. Avec ce message, il aurait en fait décidé d’affronter les règles de l’ordre du pouvoir, un ordre qui prévaut parmi les hommes autant que dans le règne animal et végétal. Il s’agit plus précisément des règles qui existent dans la structuration du langage tel qu’il est établi dans les mémoires collectives et à partir desquelles vont se créer les divergences et les oppositions entre les croyances et les sociocultures.
Benoît XVI, en tant que messager de paix œuvrant à relire la réalité à partir de son message, a cherché concrètement à assigner à celui-ci des implications symboliques à orientations humainement significatives, et complètement différentes de celles régnant au niveau du langage établi.
Si le pape n’a manifestement pas pu s’empêcher d’affronter le langage établi, c’est parce son message consiste justement à faire opposer à cette forme de langage une autre forme de production du dire, une forme empruntée à la symbolique figurative du langage, symbolique que lui renvoie son message, et qui reprend la réalité à partir de tout ce qui renseigne sur les différents états par lesquels cette réalité est passée, et sur les différentes histoires que son histoire a connues.
À partir de là, il serait important de souligner que messager de paix aurait voulu, en fait, rappeler aux peuples de la région que seuls les êtres humains qui accepteraient de vivre de leur foi au triple niveau de leur esprit, de leur comportement et de leur attitude, peuvent s’unir, en tant que serviteurs et personnes servies et arriver et parvenir à redécouvrir l’unité du chemin de salut, malgré les différences entre leurs systèmes de croyance.
Vivre de sa foi n’est-ce pas une façon de changer de langage ? Ne serait-ce pas là la porte à ouvrir pour libérer son champ de vision, et pour laisser libre cours à ses sensations et sentiments à la recherche du sens de l’autre, en soi et en dehors de soi ?
Vivre de sa foi ne serait-ce pas la seule façon de se respecter dans son système de foi parce qu’on a été capable de respecter l’autre dans le sien, en le servant comme un frère dans l’humanité sur le chemin de la miséricorde humaine empruntée à Dieu ?
Le pape, en nous quittant, nous a laissé l’espérance, son espérance en les efforts que nous allons déployer pour nous arrêter de nous nourrir de nos haines à partir de nos paroles empruntées à notre langage primaire. Il nous laisse son espérance en notre capacité de nous réinventer dans notre humanité à partir d’un nouveau langage que nous allons avoir le courage de bâtir au travers de notre recherche de tous les points de litige ordonnés principalement par notre lutte pour le pouvoir, lutte qui a faussé notre compréhension les uns des autres. Il nous appelle enfin, en vue de cette espérance, à renaître dans notre langage réinventé par notre recherche de la paix basée sur l’image du Dieu miséricordieux qui va nous unir.
Abdo KAHI
Directeur du Centre libanais de recherches sociétales


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef