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Nos lecteurs ont la parole

La bourse ou la vie ?

Nahi LAHOUD
Le Liban est-il oui en état de grâce ou non en état de disgrâce? Et quand les décideurs et les voisins vont-ils lui donner le coup de grâce? De grâce! Qui peut répondre à cette question brûlante? Il est vrai que tout l’engrenage étatique est paralysé, suspendu comme il arrive à certaines heures du soir quand le vent est tombé. C’est un État gluant de médiocrité, un État éphémère, morcelé, déchiqueté, qu’est devenu notre pays, où ceux qui semblent gouverner se sentent forts de piètres certitudes et pensent (mon œil!) avoir réussi tout ce qu’ils ont entrepris et (surtout pris) au pauvre citoyen. Mais les raisons d’État n’ont pas l’habitude de s’en laisser conter bien longtemps; alors les guignols de la politique devraient se hâter pour ne pas perdre définitivement la face après avoir dépolarisé la pile. Si ce qu’il est convenu d’appeler la révolution de Cèdre a gagné plusieurs rounds sur la révolte des résistants déshérités, c’est bien sûr parce qu’elle a su profiter des attentats répétitifs perpétrés à son encontre et des appuis ressassés à longueur de journées, de nuits, de mois, de semestres, par les instances internationales (en instance de divorce avec les Syriens et les Iraniens). Mais c’est surtout parce que le groupe Mikati-Aoun-Nasrallah-Berry a été parfois particulièrement lamentable. Cependant, la révolution du Cèdre, pas très brillante non plus, a sombré dans la désillusion car certains de ses initiateurs (des babas cool en sabots), imbus de préjugés vengeurs et de vaniteuse suffisance, marchaient à l’écrasement des autres, dans une irresponsable imprévoyance. Bref ceux qui ont envahi le 14 rue des Martyrs et ceux qui ont squatté le 8 avenue Riad el-Solh ont réalisé un chef-d’œuvre d’inconscience agrémenté d’une série de bêtises et d’aveuglements incommensurables. Sans compter les pneus brûlées, les branches armées des tribus. En marge de ce charivari, et refusant de s’y intégrer, la majorité des Libanais intègres rêvent d’ambitions plus élevées que cette piteuse politique de chicaneurs sous-classés. Malheureusement, ils n’ont pas droit au chapitre (seulement au 7), car le fracas des moyens énormes mis en service (commandé) et le système des rumeurs répandues çà et là faussent le jeu et détournent l’attention du public pour la ramener sur ce que l’on croit être un combat de titans, mais qui s’avère être une rixe entre des géants de... papier, et des nains de... jardin. Bien que je n’ai aucune confiance en ces «fiers-à-bras» «matamorisés» du 8 comme du 14, j’aimerais leur conseiller de retrouver une certaine humilité. Ce qui perd toujours le vainqueur de quelque chose, c’est la défaite d’un quelqu’autre machin! Ce qui perd toujours le vainqueur, c’est de croire en sa supériorité définitive, alors qu’il ne devrait considérer que la faiblesse provisoire de son adversaire. Dans le passé et pendant des millénaires, les combattants n’attribuaient leur victoire qu’aux dieux. Cela évitait bien des polémiques contestataires. C’est en reconnaissant que la victoire procède du vaincu qu’on la domine assez pour en rester maître et l’exploiter intelligemment. Dominer sa victoire, c’est rester humble pour croire à la chance et assez lucide pour affronter la réalité. Les jeunes des Kataëb, des FL, du Futur (antérieur), tout excités encore des combats livrés, peuvent penser qu’ils ont gagné parce qu’ils avaient raison. C’est faux (surtout après la gifle du 7 mai 2008), c’est uniquement parce que leurs adversaires avaient tort. Et vice versa! Malheureusement, les deux antagonistes procèdent à tort et à travers de toute logique. De toute façon, qui peut croire actuellement que le Liban est devenu subitement souverainiste, indépendant, détutélarisé? Qui peut affirmer que les sieurs Joumblatt, Hariri, Geagea & Co doivent certains de leurs succès à leur génie libérateur? Qui peut aussi certifier que le général, le sayyed et le Istiz arrivent à contrecarrer leurs desseins, grâce à leur machiavélisme débordant? Qui peut fantasmer qu’il existe des recettes miracles découvertes par d’astucieux économétriciens comme Siniora, Hassan ou Safadi? Il n’est pas sain de laisser notre peuple espérer que les pilules du professeur Siniora seront plus agréables à avaler que les gélules du docteur Hoss. Ils auront peut-être un goût un peu plus suri, et seront toujours aussi difficiles à ingérer. Hélas, notre peuple est tellement versatile qu’il peut, d’un même chœur, à six mois d’intervalle acclamer le bey de Moukhtara après avoir porté aux nues le sayyed de Dahieh, et n’avoir aucun remords, et, surtout n’avoir rien compris. Et la farce continue: le dégingandé du Sérail s’amuse à répéter qu’il tient bien la barre, tandis que le sieur Walid annonce haut et fort que l’ère des médiocres et des ratés est entrée en vigueur (est-ce qu’il se compte parmi eux?). Cela dit, il reste que, pour l’heure, le Liban s’enlise dans un état de... grasse matinée morphogène et qu’il faudrait bien qu’il se décarcasse les méninges un jour, qu’il sorte de son lit vaseux. À partir d’un nouvel accord de Doha, le Liban peut-il espérer devenir un jour un semblant de nation, ou même une esquisse d’État? Pour le moment, ce n’est qu’une bourse où des spéculateurs (bon marché) n’arrêtent pas de vider les poches du citoyen, par actions stock-optionnelles. De désormais jusqu’à... dorénavant, le Liban, c’est la bourse ou la vie.

Nahi LAHOUD
Le Liban est-il oui en état de grâce ou non en état de disgrâce? Et quand les décideurs et les voisins vont-ils lui donner le coup de grâce? De grâce! Qui peut répondre à cette question brûlante? Il est vrai que tout l’engrenage étatique est paralysé, suspendu comme il arrive à certaines heures du soir quand le vent est tombé. C’est un État gluant de médiocrité, un État éphémère, morcelé, déchiqueté, qu’est devenu notre pays, où ceux qui semblent gouverner se sentent forts de piètres certitudes et pensent (mon œil!) avoir réussi tout ce qu’ils ont entrepris et (surtout pris) au pauvre citoyen. Mais les raisons d’État n’ont pas l’habitude de s’en laisser conter bien longtemps; alors les guignols de la politique devraient se hâter pour ne pas perdre définitivement la face après avoir...
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