Il existe deux sortes de luxe, et le fossé est grand entre les deux.
Le luxe ne consiste pas à se promener dans un centre commercial, propriété de princes venus d’ailleurs, ou payer 30 dollars pour un droit d’entrée sur une plage qui est censée être propriété du peuple libanais. Le luxe n’est pas de se payer un lifting du visage, des seins ou des fesses qui ont, par la loi de l’apesanteur, décidé de tomber un peu. Le luxe n’est pas de se faire servir un verre d’eau lorsqu’on est chez soi. Le vrai luxe est bien loin de l’idée que les Libanais s’en font.
En quelques mots, le luxe c’est pouvoir envoyer ses enfants dans des écoles publiques en étant sûr qu’ils apprendront aussi bien que dans les écoles privées.
Le luxe, c’est avoir droit à une Sécurité sociale décente et à un service médical décent, même si on n’a pas payé un prix exorbitant pour une police d’assurance.
Le luxe, c’est avoir des centres culturels gratuits, où petits et grands ont droit à des activités gratuites, manuelles, intellectuelles, musicales, etc.
Le luxe, c’est pouvoir arriver à la porte d’un restaurant après avoir garé soi-même sa voiture sans que dix mouches géantes ne s’abattent sur vous, vous arrachent de votre voiture en vous tendant un ticket payant pour vous la garer.
Le luxe, c’est pouvoir avoir le choix.
C’est arriver, sortir de sa voiture et plonger dans les plus belles eaux de la Méditerranée, se promener sur les plus belles plages, gratuitement.
Le vrai luxe, c’est pouvoir promener ses enfants dans des parcs publics, loin des voitures et de l’agressivité des conducteurs.
Le vrai luxe, c’est de pouvoir appuyer sur un simple bouton qui vous procure une petite lumière, qui vous évite l’utilisation des bonbonnes de gaz, des bougies et surtout de payer une facture d’électricité à un exploitant de générateur qui s’enrichit sur le dos de milliers d’innocents qui croient vivre dans le luxe lorsqu’il leur assure quelques watts d’une denrée de plus en plus rare au Liban. Le luxe, c’est vivre sans ce brouhaha de moteurs assourdissants qui polluent le pays et sont responsables de bon nombre de maladies au Liban...
Réveillons-nous. Le Liban est loin d’être le pays du luxe. Mais c’est le pays dont je rêve. Mon Liban, celui de Gibran.
Nayla TAHAN ATTIÉ


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