«Pourquoi le théâtre? Pourquoi les arts plastiques? Pourquoi l’art en général ? Parce que c’est le lieu de communication par excellence et nous avons plus que jamais besoin de communication et de dialogue.
« Nous avons besoin de cet espace libre, de créativité, qui implique et permet l’ouverture à l’autre, qui permet l’acceptation de l’autre et le respect de la différence.
Pourquoi le théâtre ? Parce que c’est le lieu par excellence où, paradoxalement peut-être, tombent tous les masques et tous les obstacles confessionnels, claniques ou sociaux entre ceux acteurs et public. Ce lieu magique ou s’ouvre l’imagination créatrice, où éclôt le désir et la passion.
« Ici, se déroulent des batailles terribles et tombent des morts et de blessés sans effusion de sang. Sur ces planches un pauvre hère prend le pouvoir et déboulonne un dictateur sanguinaire. Ici, s’ouvrent grandes les voies de l’imagination et celles du changement sans peur ni crainte.
Qui mieux que vous les jeunes peut occuper ces lieux d’échanges et constituer le ferment d’une société civile réunifiée ?
« Qui plus que vous, réunis ici ce soir, est à même de donner naissance à un Liban nouveau, non confessionnel qui soit à la hauteur de vos espoirs et de vos ambitions? Qui d’autres que vous peut sauver ce Liban que nous voyons se déchirer devant nos yeux et éclater en îlots antagonistes, signe évident d’une régression culturelle certaine et d’une mort annoncée ?
« Qui mieux que vous peut construire un Liban nouveau? Qui mieux que vous a les moyens de jouer ce rôle de salut public et de façonner un projet démocratique de changement ?
« C’est en vous que réside cette force de changement – et peut-on changer cet état déplorable des choses sans votre volonté, votre détermination, votre foi et votre désir d’arracher ce pays déchiré à son suaire ?
« Il n’y a pas longtemps, les princes de la guerre nous ont asservis, ces vendeurs de cadavres, ces poseurs de bombes et de voiture piégées, ces ennemis de la culture et de la liberté. Allons-nous les laisser à nouveau décider de notre avenir ? Allons-nous les laisser faire ? Acceptez-vous ce qu’ils préparent ?
« Notre situation ne changera pas aussi longtemps qu’on n’en sera pas débarrassé, complètement débarrassé et nous le ferons. Nous nous débarrasserons d’eux démocratiquement, c’est votre responsabilité historique de le faire dès cet instant.
Notre sort n’est pas une fatalité, et la présence parmi nous des ennemis de l’homme n’est pas notre immuable destinée. Il suffit de volonté et vous en avez. Nous avons rendez-vous avec l’avenir.
«Faisons ensemble un rêve.
«Imaginons que nous avons changé les choses, que nous avons établi un démocratie réelle et vivante, réalisé la séparation de l’Église et de l’État, établi des lois justes qui nous libèrent et nous sortent des ténèbres pour nous faire une place au soleil de ce siècle.
« Il faut abattre les obstacles entre les régions afin qu’elles redeviennent les membres d’un seul corps, d’un seul pays.
« Il faut que soit alloué à la culture et à l’enseignement un budget conséquent, à l’instar des pays civilisés, parce que la connaissance est la mère des vertus.
« Il faut que nous ayons un théâtre national et un musée des arts plastiques ; il faut que langue arabe soit la première langue enseignée dans les écoles publiques et privées, sans que cela signifie l’abandon des langues étrangères qui sont indispensables pour notre insertion dans le monde scientifique et technique.
« Rêvons ensemble, soyons créatifs en politique comme dans les arts et construisons ensemble un monde meilleur. »

