Alors que le nombre de réfugiés syriens augmente chaque jour au Liban, l’inscription de leurs enfants dans les écoles libanaises reste encore un problème en suspens.
Le Liban fait en effet partie des pays qui accueillent le plus de réfugiés syriens, après la Turquie et la Jordanie, et leur situation est très inégale. Si les réfugiés installés à Beyrouth vivent pour la plupart dans d’assez bonnes conditions et peuvent inscrire leurs enfants dans les écoles privées de la capitale, la scolarisation est plus compliquée pour l’immense majorité des Syriens installés dans le nord du pays (55 % des réfugiés enregistrés par le HCR) et dans la vallée de la Békaa (42 %). Mis à part les deux grands camps de réfugiés de la Békaa, ces exilés sont disséminés sur tout le territoire. Ils sont installés chez des amis ou dans de petites chambres louées, de sorte que les ONG ont du mal à entrer en contact avec eux pour leur venir en aide et les inciter à scolariser leurs enfants. La plupart d’entre eux s’y refusent car ils pensent qu’ils sont là pour une courte période et donc qu’il n’est pas nécessaire de faire les démarches en ce sens.
Pourtant, les risques sont grands de laisser ces enfants en dehors du cadre scolaire. Kamal Sioufi, président du comité directeur du Centre des migrants Caritas, déclare à ce propos : « Sans l’école, ces enfants n’auraient accès à aucune activité. C’est extrêmement dangereux de laisser des enfants seuls, sans leur donner aucune instruction. Ils peuvent facilement tomber dans la délinquance, et à partir de ce moment-là, ils sont perdus pour toute la vie. »
Scolarité normale
Pour pallier ces risques, les associations en charge du dossier des réfugiés syriens poussent les parents à inscrire, au plus vite, leurs enfants à l’école. Une des plus actives en ce domaine est Save the Children, une organisation qui œuvre à travers le monde pour la protection de l’enfance. Pour Miled Abou Jaoudé, coordinateur des situations d’urgence de cette ONG, tous les moyens sont bons pour persuader les parents de la nécessité de la scolarisation : « On essaye de les convaincre lors de visites à domicile ou on envoie des SMS qui leur rappellent les démarches à suivre pour inscrire leurs enfants dans les écoles les plus proches. On rencontre aussi les personnes importantes des communautés, afin qu’ils influencent positivement les autres réfugiés. On a même monté une pièce de théâtre pour inciter les enfants à aller à l’école avec une troupe libano-française. Elle a été représentée début septembre devant les enfants réfugiés des villages de l’Est et du Nord, et a remporté un grand succès. » Les ONG se chargent aussi de doter les enfants de tout le nécessaire pour pouvoir suivre une scolarité « normale » : uniformes, cartables, cahiers, livres, crayons, voire pulls et chaussures pour les plus démunis.
Le niveau des écoles libanaises étant globalement plus élevé que celui des écoles syriennes, des cours de soutien en langue (français et anglais) et dans les matières scientifiques devraient aussi être mis en place si les ONG récoltent assez de fonds. Pour Soha Bsal Boustani, responsable de la communication d’Unicef, le but est d’éviter que ces enfants nouvellement inscrits décrochent : « L’an dernier, 70 % des réfugiés syriens scolarisés au Liban ont quitté l’école car le niveau était trop élevé. Nous voulons éviter de reproduire le même schéma cette année. »
L’être humain d’abord
Malgré tous ces efforts, l’intégration des réfugiés syriens dans les écoles libanaises est loin d’être assurée. Deux semaines avant la rentrée, les ONG devaient encore s’activer auprès des directeurs des écoles pour qu’ils acceptent d’inscrire les enfants réfugiés. Bien que leur inscription soit devenue obligatoire, en vertu de la circulaire 28 adoptée par le gouvernement en septembre, leur intégration reste dans les faits difficile : les
enfants libanais (nouvellement inscrits ou redoublants) sont toujours prioritaires par rapport aux réfugiés.
De surcroît, certaines ONG sentent un réel manque d’implication du personnel scolaire et des autorités dans les régions favorables au régime syrien. C’est ce que souligne Kamal Sioufi : « Ils considèrent tous les réfugiés syriens comme des opposants au régime, alors que la plupart ont simplement fui leur pays à cause des violences. Ainsi, les régions sunnites aident beaucoup les réfugiés et pensent ainsi favoriser “l’anti-régime”. Les autres régions traînent des pieds pour les aider. »
Pour lui, cette dichotomie entre les partis politiques explique l’immobilisme de l’État : « Le gouvernement n’a mis en place aucune politique claire, et fait preuve d’un réel manque de volonté. Il reste divisé entre ceux qui veulent aider les réfugiés pour favoriser l’opposition syrienne et les autres, alors que ça n’a aucun rapport. Ce qui fait que l’État libanais est hors-jeu dans cette affaire et que les ONG sont les seules à fournir de l’aide aux réfugiés. Mais il ne faut pas oublier que les réfugiés sont des êtres humains avant tout, quelles que soient leur nationalité et leur confession, et que ce sont des êtres humains qui souffrent. »
L’imminence de la rentrée scolaire va aussi poser problème pour la centaine de familles syriennes logées dans des établissements scolaires. Certains réfugiés ont en effet trouvé refuge dans des écoles abandonnées du nord du pays, mais leur situation est problématique car ils n’ont pas accès aux commodités d’hygiène et les bâtiments dans lesquels ils logent sont insalubres. D’autres réfugiés sont installés dans des écoles encore utilisées, dans les villes d’al-Marj et de Madjel Anjar notamment, mais leur situation est mal connue des ONG qui ne connaissent pas le nombre exact de réfugiés concernés. À l’approche de la rentrée scolaire, certaines familles ont été expulsées tandis que d’autres « subissent des pressions pour évacuer les lieux », a affirmé la porte-parole du HCR, Melissa Flemming, lors d’une conférence de presse à Genève le 4 septembre. Interrogé à ce sujet par L’Orient-Le Jour, le directeur général du ministère de l’Éducation, Fadi Yarak, n’a pas souhaité s’exprimer.

