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Nos lecteurs ont la parole - Échos De L’Agora

Le sceau du divin

Qu’est venu faire Benoît XVI au Liban? Il aurait pu envoyer l’Exhortation apostolique destinée aux Églises catholiques orientales par le biais d’un éminent représentant personnel. Il aurait pu aller la remettre ailleurs qu’au Liban, sur le territoire d’un des pays de ce Levant secoué, déchiré, en pleine tourmente. Il a tenu à accomplir cette mission en personne au Liban car c’est au Liban que se côtoient toutes les religions abrahamiques et leurs différentes confessions. Le Liban est, à la fois, un lieu de rencontre islamo-chrétien, mais également sunnito-chiite, catholico-orthodoxe et œcuménique. Face à Benoît XVI, toute l’oikouméné est là.
Des multiples discours prononcés, celui de Baabda et celui de Bkerké furent les moments les plus forts. Quant à l’homélie dominicale sur le front de mer, elle résuma en une synthèse grandiose la vision de cet esprit exceptionnel et supérieur qui est celui de Josef Ratzinger, le pape mal-aimé, l’ancien Grand Inquisiteur, le directeur du Saint-Office. En l’écoutant, on ne pouvait que se dire que quelque chose a changé. Rome est, certes, toujours Rome, mais l’Église de Rome n’a plus le même regard.
Si on devait résumer tous les discours du pape Ratzinger, on pourrait le faire en une seule phrase: «Le christianisme n’est plus une religion traditionnelle» parce que le christianisme est essentiellement une foi en acte, au service de l’homme. L’homme en blanc n’a cessé de parler de la personne humaine en tant que fin en soi, en relation personnelle avec l’être divin transcendant qui lui confère sa dignité éminente et indépassable. Ce faisant, Ratzinger a posé à Beyrouth le cadre d’un nouvel humanisme.
Le programme de l’ancien humanisme, aujourd’hui mis à mal, avait été proclamé par Pic de La Mirandole dans son célèbre «Discours sur la dignité de l’homme ». Cette forme d’humanisme était sans doute un peu trop «naturaliste». Elle nous a menés à l’émergence du «sujet de la modernité » au siècle des Lumières. Un tel «sujet autonome» est doté d’un ego qui se situe en opposition dialectique face à l’ego de Dieu. Cette sécularisation radicale du christianisme, si importante historiquement, a tout de même eu des effets pervers en ce qu’elle a divinisé la société et permis l’émergence des idéologies collectivistes et des systèmes totalitaires. Josef Ratzinger a bien compris que la libération de l’homme implique une culture de la paix appelée à revoir les conceptions classiques des liens horizontaux traditionnels, y compris religieux, afin de mieux s’ouvrir à la transcendance au nom de la dignité constitutive de tout un chacun. Il a appelé cela « le sceau du divin, la marque de Dieu » en l’homme.
En d’autres termes, l’homme est affirmé être le sujet de l’histoire et non son objet. Sa dignité, dès lors, est existentielle (ontologique) et ne dérive aucunement d’un quelconque rôle social ou historique. Le discours de Bkerké fut éloquent sur ce point. Le patriarche maronite, l’évêque de Tripoli et la jeune demoiselle qui prirent la parole ont tous les trois exprimé des positions identitaires traditionnelles et non personnalistes: «Eux» et «Nous»; «Nous qui avons peur», «Eux qui nous font peur». Le lendemain à Charfeh, le même récit identitaire fut clairement développé par le patriarche syro-catholique, sur le même ton.
Il est évident que nous nous trouvons face à deux approches distinctes. L’approche identitaire traditionnelle qui perçoit la présence chrétienne en Orient comme celle d’autant de groupes numériques, liés par des liens horizontaux culturels stratifiés par l’histoire. En face, une approche nouvelle mais dans la fidélité à la tradition patristique de l’Église qui voit en l’homme une réalité absolument unique et indépassable. Combien de ceux qui ont écouté ces paroles étonnantes ont compris que:
– Il s’agit là d’un discours fondateur de l’ordre politique comme organisation de l’espace de l’homme afin que la personne humaine puisse, de sa conception à sa mort, atteindre ses fins naturelles et préparer ses fins surnaturelles.
– Il s’agit d’un plaidoyer vibrant et exemplaire, en faveur d’un humanisme authentique et retrouvé qui n’est pas anthropocentrique, enfermé sur lui-même comme l’humanisme des Lumières; mais théocentrique, ouvert sur la transcendance de l’être divin. Et ça c’est la grande nouveauté qui devrait constituer une plateforme de dialogue avec un Islam en pleine turbulence.
– Une synthèse exceptionnelle de la philosophie de la dignité inaliénable de la personne humaine comme fin en soi.
Le fardeau confié par Benoît XVI à ses ouailles orientales est sans doute trop lourd pour leurs épaules fragilisées par les turbulences de l’histoire.
Qu’est venu faire Benoît XVI au Liban? Il aurait pu envoyer l’Exhortation apostolique destinée aux Églises catholiques orientales par le biais d’un éminent représentant personnel. Il aurait pu aller la remettre ailleurs qu’au Liban, sur le territoire d’un des pays de ce Levant secoué, déchiré, en pleine tourmente. Il a tenu à accomplir cette mission en personne au Liban car c’est au Liban que se côtoient toutes les religions abrahamiques et leurs différentes confessions. Le Liban est, à la fois, un lieu de rencontre islamo-chrétien, mais également sunnito-chiite, catholico-orthodoxe et œcuménique. Face à Benoît XVI, toute l’oikouméné est là.Des multiples discours prononcés, celui de Baabda et celui de Bkerké furent les moments les plus forts. Quant à l’homélie dominicale sur le front de mer, elle...
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