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À La Une - Liban

Les riders du Harley Owners Group, rebelles civiques sur les routes libanaises

Chaque semaine, les membres de l’association libanaise enfourchent leurs motos pour une virée d’une centaine de kilomètres à travers le pays. C’est l’occasion d’exposer leurs fameuses montures, mais également de visiter le Liban dans une ambiance conviviale.

La « Million mile ride ».

Le grondement s’accentue à mesure que les moteurs s’allument. Lentement, la trentaine de Harley Davidson se met en mouvement. Les rues de Hamra résonnent, ébranlées par le rugissement des machines. Les premiers kilomètres à travers Beyrouth s’apparentent à une parade nocturne. En ordre de marche, le cortège occupe la chaussée. Certains automobilistes, d’ordinaire bien audacieux, s’écartent devant l’air menaçant de la colonne, tandis que les piétons s’arrêtent, paralysés par le vacarme. La scène se répète inlassablement depuis la fondation du « chapitre libanais » du Harley Owners Group (HOG) en 2009. Après s’être extrait des lumières blafardes de la ville, le serpent mécanique s’enfonce dans l’obscurité des routes de montagne et rompt le silence des villages traversés. Les « routards » dépassent Aramoun, Jisr el-Qadi, Barouk, Aïn Dara, avant de remonter sur Hammana dans le Metn. « Ça faisait longtemps que nous n’étions pas passés par le sud », commente Ziad el-Halaby, capitaine de route pour cette virée.

Sur le parcours sinueux, la randonnée devient une histoire de sens. Le pilote et son passager ressentent la moindre fluctuation de température. Ils sont fouettés par chaque parfum qui borde la route. La force de l’odeur des pins alterne avec celle des poubelles trop pleines. La moto transmet les aspérités du revêtement, les variations d’inclinaison de la route et les changements d’allure dans le corps de son pilote. Le plaisir naît alors du balancement de la machine au fil des virages, des reprises fulgurantes et du vrombissement du moteur.


Lors de la halte de mi-parcours à Hammana, les vapeurs de virilité dégagées par les Harley Davidson ornées de flammes, les blousons en cuir et quelques barbes hirsutes laissent vite place à une atmosphère d’équipée chaleureuse dans les grands espaces d’Amérique du Nord. Les bikers s’attablent, échangent leurs impressions sur la route, se retrouvent. « Dans ce groupe, il y a des femmes et des hommes d’origines sociales et religieuses différentes. Cela n’importe pas », confie Saïd el-Hajj, membre du HOG depuis un an. « Le plaisir de conduire, la bonne bouffe et les soirées ! C’est ça qui nous rassemble », résume Ahmad Dakroub, en savourant son soda.


Mais les liens qui soudent ces motards ne s’arrêtent pas à un simple épicurisme et au folklore des Harley Davidson. Pour Hanadi al-Halaby, compagne de Ziad, « nous ne revendiquons pas ce côté rebelle », qui colle à la peau des Harley. Et pourtant, les membres du HOG sont bel et bien des rebelles. Des rebelles civiques, qui s’affranchissent du « code de mauvaise conduite » en vigueur sur les routes libanaises. Leur comportement est aux antipodes de celui de bon nombre d’automobilistes et de motards, peu soucieux des considérations de sécurité. « Nous sommes fiers de nous conduire de manière responsable, en respectant les règles », clame Saïd el-Hajj. Tous sont équipés comme il se doit. Ils portent casques, gants, pantalons, chaussures, et s’interdisent « l’alcool au guidon » au cours des randonnées. Leur vitesse est adaptée, les trajectoires sont prévisibles et signalées. Tous s’arrêtent aux feux rouges.


Outre leurs comportements individuels, les membres du HOG se distinguent par leur organisation collective. Le groupe se hiérarchise en amont de la sortie hebdomadaire. Un capitaine de route et une « road team », composée de plusieurs équipiers, sont désignés. Ils décident du parcours emprunté en évaluant son niveau de difficulté. Avant le départ, ils organisent un briefing pour rappeler les règles de sécurité et identifier les difficultés du parcours avec l’ensemble des pilotes. Une fois lancés, ils encadrent le cortège dans leurs gilets réfléchissants, talkie-walkie au poing. « J’adapte la configuration du groupe en une ou deux colonnes, en fonction des conditions de circulation et des dangers rencontrés », explique Ziad el-Halaby, « road captain » et président de l’association LASIP (Lebanese Association for Sports Injury Prevention), qui mène des campagnes de prévention routière dans les écoles. À chaque ordre, à chaque danger son geste correspondant. Il est ensuite relayé par l’ensemble du groupe, y compris par les passagers. « Si tu sais conduire au Liban, tu peux conduire partout ! » plaisante Saïd el-Hajj, de retour à Beyrouth. En 120 kilomètres de routes humides et défoncées, les motards du HOG ont encore suivi leur devise à la lettre : « Ride safe and have fun. »

Tour du Liban
Les 12, 13 et 14 octobre, le HOG organisera le Tour du Liban. L’an dernier, il avait regroupé 250 à 300 Harley Davidson et des pilotes du monde entier. Pour plus d’informations, consultez le site web de l’association : www.lebanonhog.com

Le grondement s’accentue à mesure que les moteurs s’allument. Lentement, la trentaine de Harley Davidson se met en mouvement. Les rues de Hamra résonnent, ébranlées par le rugissement des machines. Les premiers kilomètres à travers Beyrouth s’apparentent à une parade nocturne. En ordre de marche, le cortège occupe la chaussée. Certains automobilistes, d’ordinaire bien audacieux, s’écartent devant l’air menaçant de la colonne, tandis que les piétons s’arrêtent, paralysés par le vacarme. La scène se répète inlassablement depuis la fondation du « chapitre libanais » du Harley Owners Group (HOG) en 2009. Après s’être extrait des lumières blafardes de la ville, le serpent mécanique s’enfonce dans l’obscurité des routes de montagne et rompt le silence des villages traversés. Les « routards »...
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