Trois jours de félicité, depuis les carillons de l’arrivée du Saint-Père sur la terre libanaise, jusqu’à son départ.
Que l’on soit croyant ou pas, chrétien ou pas, ces trois jours ont apporté une trêve de foi, une bénédiction pour notre peuple du Moyen-Orient, une envolée de colombes d’espoir. Faut-il attendre tous les quinze ans une visite sacrée pour savoir se réunir de nouveau, côte à côte ? La chape de plomb qui pèse sur nos épaules semblait bien légère à entendre Benoît XVI nous conforter.
Le pays paraissait magnifique, la foule bien qu’effervescente, disciplinée et belle, le ciel infiniment bleu, l’hymne national revivifiant.
Avec en souvenir la fabuleuse visite de Jean-Paul II, à une époque où nous étions sous un joug pesant, voilà que de nouveau notre terre est foulée par un pape porteur de grâces.
Trois jours où l’on a pu vivre des émotions fortes, comme la rencontre du pape avec les jeunes. Ces jeunes qui ont exprimé leur désarroi, leur crainte de l’avenir. Ces jeunes, nos jeunes qui, dans leur discours, ont dit être découragés, et appellent au secours. Qui se sentent impuissants, et ne demandent qu’à être orientés, attachés, motivés ; qui ont imploré la non-violence, le dialogue, la paix... et qui ont chanté et acclamé la Joie !
Pendant ce temps, une folie gangreneuse s’est emparée du monde musulman, suite à un film stupide et de qualité nullissime, réalisé par un fou, pour exciter d’autres fous. Pas loin de chez nous, on brûle deux fast-foods, parce que leurs enseignes sont américaines. La série noire continue.
Trois jours où les archets des violons, les touches de piano, les cordes des altos ont porté haut des voix sublimes, où nous avons découvert des chorales divines, accompagnées de musiciens passionnés. De psaumes sacrés en cantiques d’allégresse, les anges ont sûrement dansé pour le Liban.
En même temps, des menaces continuent à être proférées, nucléaire, armes lourdes, frontières poreuses, débordement sur notre territoire d’une guerre dont nous n’avons pas besoin. Et nous continuons à chipoter et broder à propos de lois qui nous rendraient un peu plus civilisés.
Trois jours, où le Beau était au rendez-vous : le cèdre blanc sublime, les oliviers fleuris autour des autels ou en branches symboliques, le chapelet relâche dans les cieux, comme un vœu, la simplicité, la sobriété de la croix portée par les jeunes, l’élégance de la piété. La sérénité de l’homme en blanc, son écoute et la grandeur de l’instant, ses paroles, les caresses du soleil de l’aube au crépuscule. La magie de la fusion entre les mitres, les turbans, les bonnets, les coiffes, composant cette mosaïque –message, tableau qu’on nous envie. Tous les symboles de paix réunis en un lieu.
Entre-temps, l’électricité est défaillante, la rentrée scolaire onéreuse, l’instabilité économique grondante ; le coût de la vie est élevé, le peuple a faim et les biscuits sont chers. Conflits internes, guerres d’ego intestines, scandales à gogo se succèdent et ne se ressemblent pas...
On aurait dit le monde entier réuni, de partout, de tous bords, de toutes les croyances. Une marée haute en union et communion, serrée, aimante, déferlante, psalmodiant ; les mantilles raffinées ont réveillé en notre mémoire le temps où le respect était de mise. Comment ne pas relever l’organisation, et saluer tous ceux qui ont planifié cet événement ; la ponctualité des moments forts, la synchronisation qui ont fait de ces trois jours un rendez-vous réussi et applaudi.
Alors que l’on apprend qu’un entrepreneur jette dans le fleuve Bardaouni ses restes d’asphalte inutilisé, aussi simplement que ça !... La mer polluée rejette les immondices encore et encore ; le tourisme n’est plus ce qu’il était ou aurait dû être ; des ruines millénaires sont ensevelies sous des projets commerciaux ;
on invente des journées vertes quand de vert il n’y a plus.
Comment ne pas relever surtout l’attitude impériale de notre président de la République qui, à plusieurs reprises au cours de ces trois jours, a montré son intégrité, son appartenance à son peuple. Ouvrir les portails du palais pour permettre à la foule de se rapprocher, arriver bien avant l’heure, droit, racé, fier, poli envers son hôte et sa nation. Il a surtout fait la surprise aux jeunes de se mêler à eux, de s’asseoir comme eux et partager avec eux ces instants uniques. Un président acclamé par tous, on en avait perdu l’habitude, non ? Chapeau, Monsieur !
Trois jours... et, comme dit notre dicton bien libanais, maintenant que l’ivresse est partie le moment de réflexion et de lucidité est revenu. Alors comme ça, nous allons revenir à notre quotidien médiocre, où les muscles et/ou les armes vont reprendre le dessus sur les esprits ?
Et nous voilà repartis pour un tour d’élections, de mensonges et de chimères, de nuisances verbales et sonores. Et nous, sceptiques, blasés, on va laisser faire et laisser partir nos jeunes, faute de pouvoir les rassurer.
Trois jours d’entente, de rassemblement, de prières et de louanges, d’humilité, de vérité, de liberté, d’un vent salvateur, d’amour. Donc on peut, si on veut.


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