Nous attendons tous de la visite du pape en 2012 en Orient un nouveau projet pour les chrétiens en Orient. Un projet, car il n’y a qu’un projet qui puisse permettre aux chrétiens d’Orient de briser la peur qui les pousse à l’exode ; nouveau, car le monde arabe vit aujourd’hui une renaissance qui fleurit à la chaleur du printemps arabe et à la suite de laquelle le monde arabe ne sera plus jamais le même. Le printemps arabe est venu renverser un ordre établi depuis une soixantaine d’années et le remplacer par un ordre nouveau qui prendra la forme que les musulmans et les chrétiens de cette partie du monde voudront bien lui donner, à condition qu’ils continuent comme ils ont commencé et qu’ils prennent la peine de s’engager pour le modeler.
Les chrétiens d’Orient avaient contribué aux luttes pour l’indépendance des pays arabes ; ils avaient été très souvent à la genèse des régimes nationalistes qui y ont pris le pouvoir, et avaient estimé que ces régimes, toujours arabes, laïcs en principe et souvent prétendument socialistes, allaient leur donner un espace d’épanouissement qui permettrait à leurs communautés respectives de s’y développer.
Très rapidement, sous prétexte de la lutte contre Israël et au gré des révolutions de palais, ces régimes se sont transformés en dictatures impitoyables, corrompues et sanguinaires qui ne se retrouvaient plus ni dans l’islam ni dans la chrétienté. Ces dictatures, volontairement ou non, ont favorisé le développement de courants fondamentalistes musulmans, qui terrorisaient par leur seul discours les chrétiens d’Orient. Les réactions de ces derniers varièrent, et les régimes dictatoriaux y trouvèrent leur compte en se prétendant défenseurs des chrétiens d’Orient. Hélas, la peur toujours présente et le manque de projets d’avenir poussaient les forces vives des communautés chrétiennes à s’exiler vers des cieux plus cléments, où ils pouvaient se développer individuellement et réussir un projet personnel qu’ils n’arrivaient plus à réaliser dans leur propre pays. Les régimes dictatoriaux « conservaient » les chrétiens d’Orient, comme des conservateurs de musée. Les chrétiens conservaient leurs biens, leurs églises, leurs couvents, leurs quartiers, mais ne participaient ni à la conception ni au gouvernement des régimes dans lesquels ils vivaient. Même le Liban, qui avait toujours été différent et où les chrétiens avaient toujours participé à la conception du régime et à la pratique du gouvernement, avait commencé à changer.
Dès janvier 2011, le printemps arabe est venu sonner le glas de ce modèle et ouvrir la voie à un nouveau Moyen-Orient. Contrairement à tous les mouvements précédents, le printemps arabe présente une originalité : ce n’est pas un mouvement collectif, ce n’est pas une révolution de masse, c’est un mouvement qui a été mené par des femmes et des hommes qui se sont affirmés en tant qu’individus, aussi bien chrétiens que musulmans, engagés dans une lutte à mort pour promouvoir des valeurs de liberté et de respect de l’individu, et cela en brisant le mur de la peur que les dictatures avaient érigé. De cette révolution va sortir un ordre moyen-oriental nouveau. Il n’est pas encore dessiné, le meilleur comme le pire peuvent encore arriver. Les musulmans craignent de le réaliser sans les chrétiens et les chrétiens n’osent pas trop s’avancer. C’est une action dans ce sens que nous attendons de la visite du pape, prendre la tête des chrétiens et avancer pour rejoindre les musulmans à mi-chemin et pour créer ensemble un nouveau Moyen-Orient construit sur des valeurs humanistes musulmanes et chrétiennes. C’est une opportunité unique que l’histoire nous offre et on sait que, généralement, elle ne repasse pas les plats.
Joseph OTAYEK


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Excellent constat et attente positive.Le pape a répondu de façon pertinente et inspirée. Maintenant c'est à nous de nous mobiliser chacun là ou il se trouve seul et mieux avec d'autres pour faire fleurir ce printemps prometteur. Ainsi nous n'entendrons plus, et nous ne dirons plus quand quelque chose est anormal , faux ou atypique. "c'est le Liban" Tobie Zakhia
12 h 22, le 15 septembre 2012