Elle s’identifie au Liban et le Liban s’identifie à elle. Dans une époque où l’art musical au Liban et dans le monde arabe périclite, elle le rehausse jusqu’au sommet et nous démontre que l’art ne meurt pas quand il est respecté. Cependant, Il n’y a pas que le respect de l’art qui est en jeu ; il y a aussi le respect de la personne. Magida, elle, respecte la personne car elle lui donne la possibilité d’apprécier un style de chansons qu’il continue d’aimer ; elle a aussi démontré qu’au Liban, le véritable art musical continue d’attirer les foules. Car il y avait foule, ce soir-là, qui vibrait à son diapason.
Les frissons qui parcouraient l’audience étaient forts et authentiques, grâce non seulement à sa voix au timbre magique mais aussi à ses chansons qui nous avaient donné espoir tout le long d’un passé récent et mouvementé. Cependant, ce ne sont pas seulement ses vielles chansons qui font vibrer même les pierres. C’était également ses nouvelles chansons, dont l’une, jazzy, qu’elle avoue avoir écrite sur la paume de sa main pour ne pas l’oublier. Quelle simplicité désarmante ! Elle démontre que le passé est vivant en nous mais aussi que Magida al-Roumi sait innover encore mieux en temps de paix.
Entourée d’une troupe de dabké, elle nous a replongés dans nos racines et a enflammé la foule qui s’est rapprochée de la scène pour l’accompagner. Tout cela nous change de cette ambiance folle de violence et nous redonne vigueur et confiance.
Magida la Grande est la valeur sûre de la chanson libanaise, celle qui continue à préserver la chanson d’auteur, l’art d’écrire aussi ses propres chansons, de choisir les textes les plus raffinés. Le Libanais mérite quand même mieux que la chansonnette sans saveur et sans odeur qu’on nous sert à longueur de journée sur les ondes de nos radios et sur nos écrans de télévision.
Nous avons besoin de cent autres Magida et j’espère que sa nouvelle apparition fera des émules et que les médias audiovisuels s’attelleront à encourager les chansons d’auteur et les nouveaux talents – car il y en a –, sans toujours se sentir obligés de se laisser porter par cette vague désastreuse qui a envahi notre vie et qui nous éloigne de notre patrimoine culturel en important des habitudes musicales qui ne sont pas les nôtres.
En donnant l’exemple de la persévérance dans sa voie, Magida nous redonne espoir dans la vraie chanson libanaise et le vrai talent.
Joseph W. ZOGHBI


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