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Nos lecteurs ont la parole

Le pays de tous les paradoxes

Par Jamale RIZKALLAH
Sept ans après le rêve, on demeure sans voix, confronté à ce sentiment de non-appartenance qui fait fi de ce qu’il reste des aspirations du jeune patriote qu’on était. Pourtant, on y croyait, fermement, à ce pays lumière, à cette société riche de sa culture, de ses religions, de son unité ! On y croyait, et on le défendait, parce que chaque poignée de sa terre est le lit éternel du sang d’un père, d’un frère, mort de ne pas s’être enfui. Parce que ses fleurs sauvages ont pleuré avec une mère qui a fait de la mort de son enfant la célébration de son martyre. On a choisi d’y rester, bien qu’il aurait été plus facile de s’en aller vers cet ailleurs où on n’a qu’à travailler, manger et dormir, sans penser à une alternative quotidienne.
Aujourd’hui, c’est un séisme qui nous réveille : on est étranger dans son propre pays!
Mais comment un pays qui chante Feyrouz et connaît tout le répertoire d’Aznavour peut-il fermer les yeux devant ce cannibalisme déroutant, dégoûtant ? Vous tenez à faire de nous des fanatiques, aveuglés par les idées que vous prônez et qui ne font que vous aider à vous emplir les poches. Vous tenez à nous coller une étiquette pour établir une différence qu’on refuse. Vous nous offrez des interprétations tordues de chaque événement. Ce pays du Cèdre, par vous dénaturé, on essaiera de ne pas oublier qu’il était le Liban de mon grand-père, ce Liban où de vieilles femmes aux cheveux argentés chantent Piaf, ce Liban où des jeunes récitent par cœur les poèmes de Majnoun Layla et de Baudelaire.
Oserons-nous encore
espérer ?
Tant qu’il y aura des adolescents qui se tiennent debout devant le drapeau libanais, tant que les plus grands du pays tenteront encore d’établir un dialogue interconfessionnel sur le plan social et non sur un plan relevant de la politique-fiction, tant qu’il y aura encore un homme qui refuse l’asservissement aux drogues, tant qu’un doigt osera se lever malgré la crainte de la guillotine, tant qu’il nous restera au moins la liberté de la pensée, on pourra toujours oser y croire, à ce Liban auquel aspiraient nos aïeux, et qu’il nous appartient de bâtir.
Reste encore à savoir par où commencer...
Sept ans après le rêve, on demeure sans voix, confronté à ce sentiment de non-appartenance qui fait fi de ce qu’il reste des aspirations du jeune patriote qu’on était. Pourtant, on y croyait, fermement, à ce pays lumière, à cette société riche de sa culture, de ses religions, de son unité ! On y croyait, et on le défendait, parce que chaque poignée de sa terre est le lit éternel du sang d’un père, d’un frère, mort de ne pas s’être enfui. Parce que ses fleurs sauvages ont pleuré avec une mère qui a fait de la mort de son enfant la célébration de son martyre. On a choisi d’y rester, bien qu’il aurait été plus facile de s’en aller vers cet ailleurs où on n’a qu’à travailler, manger et dormir, sans penser à une alternative quotidienne. Aujourd’hui, c’est un séisme qui nous réveille : on...
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