Il faut avouer qu’au Liban, nous avons de la suite dans nos idées, les conclusions sont sans autre forme de procès immédiates, comme cette levée de boucliers contre le Hezbollah qui, dit-on, a fait raser leurs barbes à ces pauvres hères, les lâchant dans la nature.
On ne prête qu’aux riches, que voulez-vous, cette richesse coule de source, une source qui prend sa source sur les bords du Barada, où vont se ressourcer certains récalcitrants de l’indépendance et de la souveraineté de ce Liban que nous voulons en dépit de sa petite taille, fort, libre de toute attache, loin d’un suivisme aigu qui plus d’une fois a failli l’emporter.
Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, c’est toujours de la même veine. Les pétards remis à M. Michel Samaha, pour les distribuer un peu partout sur notre territoire en guise d’étrennes pour le mois sacré de ramadan, s’étant avérés mouillés, les zélateurs recourent alors au plan B. Des plans de rechange et des Samaha ils en ont à la pelle, tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins.
Qu’il me soit permis ici une petite digression. Comme beaucoup de ma génération, j’ai connu Michel Samaha sur les bancs de l’université, responsable de la jeunesse estudiantine phalangiste, il fut compagnon et proche collaborateur de Bachir Gemayel, fut élu député et nommé ministre à plus d’une reprise. Je suis toujours à me demander pourquoi il m’a fait tomber des nues. Quand on atteint une certaine stature, on la préserve coûte que coûte.
Reprenons le fil de nos idées. Ce qui s’est passé ce 15 août 2012, fête de l’Assomption, est inadmissible. L’État a brillé par son absence, les routes laissées aux casseurs, les voyageurs terrorisés. Le Liban retient son souffle, angoissé, ne sachant pas s’il en était au dernier, le début d’une descente aux enfers, identique à celle qui a commencé un 13 avril 1975, dont nous n’avons eu de cesse de payer le prix.
Certes il est poignant d’avoir des membres de sa famille retenus en otages, à coup sûr en danger de mort, vu ce qui se passe là où ils sont retenus en soi-disant invités. Mais ce n’est pas de la sorte qu’on les libère, en faisant pression sur des ravisseurs eux aussi aux abois, en enlevant des innocents.
À la guerre comme à la guerre, il n’y a pas de place pour les sentiments et encore moins pour les états d’âme, d’autant plus qu’une partie combat avec des lance-pierres et l’autre lui déverse des bombes sur la tête avec ses MIG dernier cri.
Cela, sayyed Nasrallah et son parti le savent pertinemment, ayant depuis le premier jour mis le sort de onze pseudo-invités entre parenthèses. Rappelons-nous qu’à l’instant même où ils étaient en passe d’être libérés, le chef du parti de Dieu a claironné haut et fort son indéfectible soutien au régime de Bachar el-Assad, les rejetant dans les bras de leurs geôliers.
Alors, qu’il s’en lave les mains ou pas, qu’il ait été débordé par ses propres troupes, il reste que le parti de Dieu et ses caciques ont voulu jouer au plus fin. La mayonnaise n’a pas pris, ils ont conduit le pays au bord du gouffre par des agissements déraisonnables, mais en toute logique bien raisonnés.
Ce qui me rassure un peu en dépit de ce dérapage, qui n’en fut pas un, c’est que le parti de Dieu n’a pas voulu se mouiller plus avant dans cette affaire. Il a lâché ses hommes sous un autre label, acquiesçant aux injonctions de son commanditaire, se ménageant en quelque sorte une porte de sortie, la destruction du Liban n’étant plus à son agenda ; ayant beaucoup plus, comme nous tous d’ailleurs, à perdre qu’à gagner.
Et la suite ? On ne peut pas laisser le Liban à la merci d’électrons libres, qui disjonctent au moindre coup. Certes nous avons des lois superbement écrites. Encore faut-il les appliquer, mais comment, dans un pays où on a enfermé les habitants dans un clivage inique – ou Huit ou Quatorze –, et chacun de ceux qui s’en sont érigés responsables passent leur sainte journée à chercher noise à l’autre ?
Dans un pays où les lois électorales sont faites sur mesure, où la responsabilité politique se transmet de père en fils, nonobstant la valeur intrinsèque de l’héritier. Pourtant, au Liban, il se trouve des écoles et des universités prestigieuses, des centres hospitaliers de pointe, des hommes de loi aux capacités internationalement reconnues, des penseurs, des écrivains, et nous persistons toujours à faire du neuf avec du vieux.
Il n’est plus concevable d’attendre qu’un homme providentiel se présente une fois tous les vingt ans et nous sorte du bourbier dans lequel sa disparition nous ramène, détruisant nos rêves et notre avenir, dispersant notre jeunesse aux quatre coins du globe, dans l’espoir que l’herbe y soit plus verte.
Il est plus que temps pour les Libanais, à quelque obédience qu’ils appartiennent, de se claquemurer dans ce pays de 10 452 kilomètres carrés, ferment portes et fenêtres, se regardent dans les yeux et se disent franchement une fois pour toutes si c’est un pays dans toute la quintessence du terme qu’ils veulent construire, en dur cette fois, ou bien une juxtaposition de fermettes, chaque coq sur son tas d’immondices.


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