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Moyen Orient et Monde

Damas propose un dialogue qui pourrait inclure la démission d’Assad

Diplomatie Les États-Unis menaçants ; Moscou rejette toute solution militaire.
OLJ
22/08/2012

La Syrie est prête à discuter d’une démission du président Bachar el-Assad dans le cadre d’un processus de négociations avec l’opposition, a déclaré hier à Moscou le vice-Premier ministre syrien Qadri Jamil. « Pendant le processus de négociations, on peut étudier toutes les questions et nous sommes prêts à étudier même cette question », a affirmé M. Jamil, à l’issue d’une rencontre avec le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Il a toutefois estimé que l’idée « d’une démission comme condition pour mener un dialogue – cela signifie de facto qu’il est impossible d’ouvrir ce dialogue ». Selon des sources politiques à Damas, M. Jamil est venu à Moscou discuter d’un projet qui sera présenté par la Russie avec l’accord de la Syrie pour l’organisation d’une élection présidentielle anticipée sous supervision internationale, où tous les candidats le souhaitant pourraient se présenter, y compris M. Assad. Les États-Unis et les Européens refusent la présence de M. Assad à ce scrutin, ont ajouté ces sources.
Le département d’État US a aussitôt exprimé son plus grand scepticisme quant à de possibles discussions sur une démission de M. Assad. « Nous avons vu les informations sur cette conférence de presse du vice-Premier ministre syrien. Franchement, nous n’y avons rien vu de terriblement nouveau », a commenté la porte-parole de la diplomatie américaine, Victoria Nuland.


Un peu plus tôt dans la journée, M. Lavrov a déclaré que les efforts de Damas pour mettre un terme aux violences qui font rage dans le pays depuis près de 17 mois étaient encore insuffisants, tout en soulignant qu’il n’y avait pas d’autre solution que de continuer sur cette voie. Alors que Washington a évoqué lundi une possible intervention militaire en Syrie en cas de déplacement ou d’utilisation d’armes chimiques dans le pays, M. Lavrov a insisté sur le fait que les puissances étrangères devaient se contenter de créer les conditions d’un dialogue entre les différentes parties syriennes. « La réconciliation nationale est le seul moyen d’arrêter au plus vite l’effusion de sang et de mettre en place les conditions pour que les Syriens eux-mêmes s’asseyent à la table des négociations et définissent le destin de leur pays sans aucune ingérence extérieure », a-t-il déclaré. « La seule chose que doivent faire les acteurs étrangers est de créer les conditions pour l’ouverture du dialogue », a-t-il ajouté, disant parler également au nom de Pékin.
Lundi, le président américain Barack Obama a prévenu que le déplacement ou l’utilisation d’armes chimiques en Syrie constituerait une « ligne rouge » pour les États-Unis et aurait des « conséquences énormes », dans une claire mise en garde au régime du président Assad. « Jusqu’à présent, je n’ai pas donné l’ordre d’intervenir militairement » en Syrie, a déclaré M. Obama. Mais « si nous commencions à voir des quantités d’armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul et mon équation », a-t-il ajouté. La question de ces armes, dont Damas a reconnu posséder des stocks importants, ne concerne « pas seulement (...) la Syrie, mais aussi nos proches alliés dans la région, dont Israël. Cela nous inquiète », a-t-il insisté, évoquant la possibilité que ces armes tombent en de mauvaises mains. Washington a en outre répété que M. Assad devait quitter le pouvoir.


M. Jamil a rejeté hier cet avertissement, le qualifiant de simple « propagande électorale » à l’approche de la présidentielle aux États-Unis. « Une intervention militaire directe en Syrie est impossible parce que quiconque l’envisagerait (...) s’acheminerait vers une confrontation allant bien au-delà des frontières de la Syrie », a-t-il dit. En outre, le ministère syrien des Affaires étrangères a affirmé lundi que qualifier la situation en Syrie de guerre civile était « contraire à la réalité », réagissant ainsi aux propos du nouveau médiateur international Lakhdar Brahimi. M. Brahimi avait affirmé dimanche à la chaîne France 24 qu’il ne s’agissait plus d’ « éviter » la guerre civile en Syrie mais bien de l’« arrêter ». Hier, l’ONU a annoncé que M. Brahimi travaillera depuis New York, et non depuis Genève, comme le faisait son prédécesseur Kofi Annan.

Hollande reprend l’initiative
Parallèlement à Paris, à l’« attentisme » que lui reprochait la droite sur le dossier syrien, François Hollande a répondu dès son retour de vacances en recevant coup sur coup à l’Élysée M. Brahimi et une délégation du Conseil national syrien (CNS). « Il ne peut y avoir de solution politique (en Syrie) sans le départ de Bachar el-Assad » du pouvoir, a martelé lundi le président français après sa rencontre avec M. Brahimi. Et hier, M. Hollande a offert une tribune au CNS. Son dirigeant, Abdel Basset Sayda, a ainsi annoncé dans la cour d’honneur de l’Élysée que le CNS « étudiait » la formation d’un « gouvernement de transition ». Répondant aux vœux de la communauté internationale, M. Sayda a assuré que ce gouvernement sera ouvert à toutes les composantes de la société syrienne, y compris à la communauté alaouite. Interrogé sur l’imminence de sa formation, il a averti : « C’est un processus qui demande beaucoup de consultations, il ne faut pas aller trop vite, mais le Conseil national syrien tente d’y parvenir le plus rapidement possible. » Comme on lui demandait s’il pourrait s’agir d’un gouvernement en exil, M. Sayda a souligné que, pour le CNS, « l’essentiel » était la formation d’un gouvernement de « l’intérieur ». Au président français, le CNS a de nouveau proposé la création d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie, similaire à celle imposée en Libye l’an dernier, s’attirant toutefois une réponse très réservée.

 

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Ali Farhat

Dialoguer?? non non...Et qu'est-ce qu'en fait de Iskat en-nizam si et tant promis par les arabies démocratiques et les occidentaux qui marchent au pas du sionisme qui vit en eux comme un alien. Le projet parle de iskat en-nizam ou guerre civile et non pas de dialogue, dou you indersteinn?

SAKR LEBNAN

Le Titre est faux. Ils lancent un ballon d'essai où, sur la table du dialogue, chacun pourrait dire ce qu'il veut, même demander la démission de Assad. Cela ne veut pas dire que le régime discutera même de la question. Ce ballon d'essai est un piège tout court.

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