Cette dernière, baptisée « Échelle d’évasion », grand symbole chez ce célèbre peintre, est le thème d’une exposition à la National Gallery of Art à Washington. Auparavant, elle avait été sur les cimaises de la Tate Modern Gallery à Londres. C’est là une rétrospective axée sur une centaine d’œuvres relevant de l’engagement politique de Miro (1893-1983) et, plus précisément, sur sa réaction à la guerre civile espagnole et la dictature de Francisco Franco. Et, dans toute cette sélection, éclate son inconditionnelle dévotion à la région chère à son cœur, la Catalogne. Le conservateur de l’exposition précise : « Revisiter la vie de Miro, témoin de son temps, révèle une grave intensité de son œuvre. Sous son invite à l’innocence et à la fantaisie, perce une profonde préoccupation de tout ce qui est humain et un sens de l’identité personnelle. » Dans un premier temps, il se concentre sur la représentation de La Ferme (acquise plus tard par Ernest Hemingway), que ses parents possédaient sur la côte catalane et les paysages environnants : Le potager et l’âne, Le champ labouré, Le chasseur. Il a retravaillé La Ferme avec des accents cubistes et abstraits lors d’un séjour parisien. Puis, il passe au surréalisme avec sa série de « paysages animés » ayant pour thème central l’échelle, symbole fétiche pour l’artiste, car elle est le lien entre le sol ou la réalité concrète, et l’infini du ciel. En homme ancré dans la terre et en quête d’absolu. « L’art, dit-il, a le pouvoir de nous transporter au-delà de l’œuvre elle-même. »
« Miro, le mirobolant »
Mais en regardant encore plus haut, il n’a pas pu occulter les cieux assombris par les conflits et leur kyrielle de violences : la guerre d’Espagne, la Seconde Guerre mondiale et les années tyranniques de Franco. Même traitées avec subtilité et des couleurs rafraîchissantes, ces souffrances et ces désolations iront aux tréfonds de son cœur et de ses pinceaux. Son implication dans la guerre civile d’Espagne se traduit avec des toiles baptisées : Tête de paysan catalan, Aidez l’Espagne (à l’origine, un timbre français), Feux d’artifice (pour dire la résistance) ou Le Faucheur. Il y a aussi la « Série Barcelone », une quarantaine de lithographies (caricatures qui s’en prennent à la dictature). Suit un exil en France, où il se replie sur son monde intérieur pour élaborer sa série de « Constellations », annonçant néanmoins que chaque soleil levant mené a un crépuscule. L’arrivée des Allemands en France le feront repartir. Destination d’alors, Majorque, avec un matériau pictural alourdi par un surplus de désastres, des visages dévastés par l’anxiété, des bras vengeurs : Une femme fuyant le feu, Métamorphose et Nature morte aux vieilles chaussures, ou une tables couverte d’objets déformés, pour dire les temps dramatiques.
Un monde devenu écrasant pour tous et surtout pour les âmes comme lui. Il dira : « Dans la civilisation occidentale, il faut du volume. C’est l’énorme montagne qui a tous les privilèges. » Alors que pour lui, « un brin d’herbe a plus d’importance qu’un grand arbre, un petit caillou plus qu’une montagne, et une petite libellule a autant d’importance qu’un aigle ».
Le bien nommé « Miro, le mirobolant » par le poète Robert Desnos.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Cette dernière, baptisée « Échelle d’évasion », grand symbole chez ce célèbre peintre, est le thème d’une exposition à la National Gallery of Art à Washington. Auparavant, elle avait été sur les cimaises de la Tate Modern Gallery à Londres. C’est là une rétrospective axée sur une centaine d’œuvres relevant de l’engagement politique de Miro (1893-1983) et, plus précisément, sur sa réaction à la guerre civile espagnole et la dictature de Francisco Franco. Et, dans toute cette sélection, éclate son inconditionnelle dévotion à la région chère à son cœur, la Catalogne. Le conservateur de l’exposition précise : « Revisiter la vie de Miro, témoin de son temps, révèle une grave intensité de son œuvre. Sous son invite à l’innocence et à la fantaisie, perce une profonde préoccupation de...