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Nos lecteurs ont la parole

Qu’avez-vous fait du Liban ?

Molly SELWAN
Plus haut que les voix des responsables se justifiant pour n’avoir rien réalisé du tout, plus fort que les cris des manifestants, qui clament leurs revendications sans rien obtenir, dominant la vindicte de ceux qui stagnent dans leur inefficacité... N’entendez-vous pas cette clameur venue d’un ailleurs sans lendemain? Ce tumulte de questions qui fait trembler le sol et les murs en vibration de reproches? Nos martyrs s’interrogent: pourquoi sont-ils donc morts? Pourquoi ont-ils été sacrifiés? Certains si doués, d’autres si jeunes! De par leurs qualités, de par leur valeur, ils ont illuminé notre société et contribué à la reconstruction, et à la libération du pays. Ils ont aidé le phénix à renaître de ses cendres grâce à leur politique réunificatrice, et à leurs paroles qui rassemblent. Dans quel but sont-ils donc morts, Rafic et Bassel, Gebran, Pierre et les autres? Les autres! Si nombreux, qui reviennent chaque année à la même date hanter une mémoire flageolante. Ils reviennent du fond de nos souvenirs pour embellir la commémoration d’une prière: une messe dans nos églises, un sermon dans nos mosquées. Alors, les prêtres et les cheikhs déclament leurs plus belles homélies, leurs meilleures exhortations, le temps d’une journée...
N’entendez-vous pas ces murmures désapprobateurs? Réprimandes à travers les âges, portées par la brise de nos montagnes et le vent de nos forêts? Ces rumeurs interrogatives, qui troublent le silence de l’absentéisme gouvernemental. Remontrances et blâmes venus du passé pour demander des comptes. Les voix de Béchara el-Khoury, Riad el-Solh, Camille Chamoun, Sélim Takla, Adel Osseirane et Abdel-Hamid Karamé; ceux que l’on nomma «les piliers de l’Indépendance» accusent. Faits prisonniers dans la citadelle de Rachaya, pour avoir pris la décision de sauvegarder l’unité, l’intégrité et la souveraineté du territoire libanais; ils dénigrent les accords illicites: «Ni Orient ni Occident!» Ces pères de la Constitution et du Pacte national s’interrogent sur l’avenir du Liban dont ils ont obtenu l’indépendance le 22 novembre 1943. «Qu’avez- vous fait du Liban?» Où en est l’intégrité du territoire? Et son autonomie?
Du sommet de nos montagnes du Chouf, du Metn, du Kesrouan, des frontières du Sud, du Nord, des profondeurs des vallées aux plus hautes cimes, un souffle réprobateur enveloppe le pays. Son écho se répercute dans les grottes de Jeita la merveilleuse, dans les cavernes de la vallée sainte de Kadisha de Wadi Kannoubine. C’est la voix sacrée de nos ancêtres qui s’élève et interroge. Au sommet de Qornet el-Saouda, dans cette région que l’on surnomma «le berceau des cèdres», à travers la brume qui enveloppe la couronne du Mont-Liban, de Sannine à l’eau si pure, au sud sur le mont Hermon à 2840 mètres d’altitude au-dessus de la Méditerranée (qui fut témoin du passage de Jésus), les voix résonnent: «Où en est l’unité du peuple libanais?»
Et vous! Les réfugiés et les demandeurs d’asile, vous les 300000 Palestiniens, les Irakiens, les Kurdes, les Syriens! Vous qui êtes venus vous réfugier sous les immenses branches de notre Cèdre et profiter de la démocratie qui régit notre pays, pourquoi portez- vous des armes sur notre sol accueillant? Si vous êtes venus au Liban pour fuir les dictatures et les guerres, pourquoi lever les armes contre des Libanais? Pourquoi transposez-vous vos bagarres sous notre ciel bleu pour le transformer en un ciel noir de pollution par vos bombes et votre artillerie?
Quant à nous, Libanais, dont les origines remontent au cœur même de l’histoire phénicienne, ceux adoptés comme citoyens à part entière, d’origine arménienne ou autre, les descendants d’émigrés et d’expatriés, nous tous qui vivons ensemble dans ce climat de rêve, pourquoi ne pas y vivre en paix? Pourquoi ne pas travailler à développer et à moderniser le pays dans son agriculture, son industrie, son économie, son tourisme. Pourquoi tous ces politiciens sans travail aucun, à la solde de pays étrangers, arabes ou autres, qui dès le début de la journée sèment la zizanie parmi le peuple au lieu de participer à la construction de leur pays? S’il sont trop vieux pour travailler, ne le sont-ils pas pour réussir à diriger la politique du pays?
L’histoire, elle, ne pardonnera pas la trahison du Pacte national, confirmé par l’accord de Taëf. Notre Constitution parlementaire définit les lois à suivre et à voter, dont certaines à la majorité absolue. Pourquoi donc enfreindre les règles et agir «d’un commun accord ou à l’amiable»? Si le président de la République est au-dessus des compromis, son devoir est de protéger la Constitution libanaise qui, chaque jour que Dieu fait, est transgressée par des politiciens véreux.

Molly SELWAN
Plus haut que les voix des responsables se justifiant pour n’avoir rien réalisé du tout, plus fort que les cris des manifestants, qui clament leurs revendications sans rien obtenir, dominant la vindicte de ceux qui stagnent dans leur inefficacité... N’entendez-vous pas cette clameur venue d’un ailleurs sans lendemain? Ce tumulte de questions qui fait trembler le sol et les murs en vibration de reproches? Nos martyrs s’interrogent: pourquoi sont-ils donc morts? Pourquoi ont-ils été sacrifiés? Certains si doués, d’autres si jeunes! De par leurs qualités, de par leur valeur, ils ont illuminé notre société et contribué à la reconstruction, et à la libération du pays. Ils ont aidé le phénix à renaître de ses cendres grâce à leur politique réunificatrice, et à leurs paroles qui rassemblent. Dans quel but...
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