Sourire, j’ai à dessein que j’écris ce mot, à défaut de pleurer, juste pour donner le change. À l’intérieur, rien ne va plus, le cœur saigne, le cerveau ne va pas mieux, fatigué de tourner à plein régime, cherchant les moyens de surmonter la crise, rongeant son frein, dans l’espoir de lendemains meilleurs qui, semble-t-il, ne viendront jamais.
Je ne sais pas si, comme moi, les gens se rendent compte que l’État ne parvient plus à assurer à ses citoyens le minimum vital qu’ils sont en droit d’attendre. Vous visitez des amis, vous faites une petite ballade en voiture, pour changer d’air, vous ne savez pas si vous rentrerez chez vous, quelqu’un ayant eu l’idée d’organiser un méchoui géant à même la chaussée.
Inutile d’appeler la maréchaussée, si elle sévit, ce sera bien contre vous. Quelle idée saugrenue, sinon subversive, d’emprunter cette route internationalement reconnue pour relier les régions du pays entre elles et depuis peu mise à la disposition des casseurs et des mécontents en tout genre!
Et surtout n’allez pas vous étonner de ne pas recevoir de factures d’électricité, ou oser vous plaindre de celles du monsieur du coin, qui elles, font mal, très mal. Seulement voilà, on est acculé à recourir à ses précieuses prestations si l’on ne veut pas risquer de rater les tronches de nos hommes politiques, les feuilletons turcs doublés en un arabe douteux, ou l’air pouilleux de certains présentateurs, qui viennent égayer nos soirées estivales sur le petit écran.
Des fois je me prends à émettre des hypothèses tellement bêtes que je crains pour ma santé mentale. Si l’EDL fait comme le monsieur du générateur, et sans état d’âme ou préavis, coupe le courant si je ne règle pas rubis sur ongle ma facture, cette institution, aujourd’hui délabrée, aurait été florissante. Dans les années 1960, elle avait investi son surplus de trésorerie dans un fonds lancé par Renault en France, pour réaménager ses usines, je crois.
Même si des fois l’idée me traverse furtivement l’esprit, je n’ai jamais osé effectuer un branchement illicite sur les câbles du générateur qui me passent tout juste sous le nez, ayant rencontré des personnes du quartier le bras en écharpe, la tête bosselée. Comme quoi à voyou, voyou et demi.
Dissuasion et persuasion font donc bon ménage. On ne fait pas un pays sans appliquer la loi, on ne fait pas de lois, si on ne peut pas en imposer l’application. Constatation lumineuse qui m’avait jusque-là échappé.
Or depuis la fin de la guerre des autres sur notre territoire, trois élections législatives se sont déroulées; en toute logique un tas de lois auraient dû avoir vu le jour et être appliquées. Mais je ne suis pas certain que, hormis celles relatives à leur bien-être, nos législateurs en ont promulgué quelques-unes qui auraient fait le bonheur de la société civile en tant que telle.
Tout ce qui a été entrepris jusqu’à présent est du sur-mesure qui sied à une personne, une communauté, un clan, s’arrêtant à ces frontières factices, sans jamais étendre son ombre sur l’ensemble du pays. Chacun tente d’en tirer le meilleur, sans tenir compte de ce qu’il adviendrait aux autres, après moi le déluge en somme.
Ce n’est pas un État que l’on a édifié mais une juxtaposition d’intérêts personnels ou communautaires, trouvant leur compte dans l’émergence momentanée de chefs de file qui, pour leur survie politique, s’en vont chercher appuis et subsides à l’étranger, hypothéquant leur avenir, celui de leur communauté au bon vouloir de donateurs jamais désintéressés et par ricochet lésant majestueusement notre pays.
Imaginez un peu François Hollande, Barack Obama, ou n’importe quel politicien étranger faisant antichambre chez l’un des potentats pétroliers pour obtenir une aide qui financerait ou soutiendrait son parcours politique.
Tout de même, ne jouons pas à la vierge effarouchée, cette pratique a cours partout au monde, mais elle se fait suivant des convenances bien établies où le devenir d’un pays ne saurait au grand jamais être mis en péril, asservi ou assujetti à des instructions venues de l’extérieur, susceptibles de troubler l’ordre national.
Toujours est-il qu’à l’étranger, les valeurs sont tout autres. Il y a ce sentiment d’appartenance nationale si viscéralement ancré dans les esprits, les tripes, les pensées, l’air qu’ils respirent, que même les plus aguichantes sirènes s’égosilleraient en vain à tenter de les séduire.
Leurs dynasties relèvent plus du cinéma et du rêve que de la réalité. J’ai vainement cherché à savoir que sont devenus les descendants de Charles de Gaulle, Winston Churchill, Konrad Adenauer, le Mahatma Gandhi, tous ces grands que j’ai eu le bonheur de côtoyer dans la presse de ma jeunesse ; ils se sont dirait-on humblement éclipsés, laissant intact le souvenir de leurs augustes parents.
Ma comparaison s’arrête là. Toutefois, j’estime qu’il est temps de repenser le Liban, ses lois, sa société. Les hommes qui nous gouvernent n’ont pas su, pu ou voulu voir le changement qui arrivait à grandes enjambées, écouter nos jeunes repartis à l’assaut des chancelleries, las qu’ils sont d’attendre une hypothétique amélioration du sort de notre pays.
Ce n’est pas avec deux armées, l’une régulière, l’autre milicienne et bien mieux équipée, que l’on bâtit une nation. Ce n’est pas non plus par la sécurité à l’amiable qu’un État s’impose, qu’il dissuadera les trublions d’agir à leur guise, les voleurs de voler, les assassins de tuer, ou qu’il éradiquera les zones de non-droit qui pullulent sur notre territoire.
Je suis sous l’impression qu’une ambiance délétère règne, comme si par malheur le pays est à l’article d’une mort que lui souhaitent beaucoup – souvent d’ailleurs il y est parvenu, pour renaître sous forme d’ivraie.
Cette fois j’espère que c’est le bon blé qui sera semé, qu’il germera de beaux épis d’or, gorgés de soleil, comme l’avenir radieux que tous nous attendons.
Georges TYAN


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