A Alep, des combattants de l'Armée syrienne libre évacuent un de leurs membres, blessé, le 4 août 2012. REUTERS/Goran Tomasevic
L’armée, qui a achevé son déploiement autour d’Alep, bombardait et livrait bataille aux insurgés dans la ville avant de lancer l’offensive décisive pour le contrôle de cette métropole du nord de la Syrie, enjeu crucial du conflit. L’aviation a bombardé hier le quartier Salaheddine, assiégé par l’armée et cible la veille du plus violent pilonnage depuis l’ouverture du front d’Alep le 20 juillet, ainsi que celui de Sakhour, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Des combats se déroulaient dans d’autres quartiers de la ville, poumon économique de la Syrie, a précisé cette ONG. L’armée a achevé hier l’envoi massif d’importants renforts à Alep et est désormais prête pour la bataille « décisive », a annoncé par ailleurs une source de sécurité. « Tous les renforts sont arrivés et encerclent la ville. L’armée est prête désormais pour lancer l’assaut décisif mais attend les ordres. Cependant, la guerre risque de durer car il va y avoir des batailles de rue pour déloger les terroristes », a affirmé cette source.
Un important responsable de la sécurité de la région d’Alep avait expliqué samedi que la véritable bataille d’Alep n’avait pas encore commencé et que les bombardements n’étaient que des préparatifs. « Ce qui se passe actuellement n’est qu’un hors-d’œuvre et le plat principal viendra plus tard », avait-il dit, précisant qu’au moins 20 000 militaires se trouvaient sur le terrain. « De l’autre côté aussi, ils envoient des renforts », avait-il ajouté, en allusion à la rébellion. Selon le journal al-Watan, proche du pouvoir, « la mission actuelle (de l’armée) consiste à donner des coups durs aux terroristes, resserrer l’étau et renforcer le contrôle des entrées de la ville afin de les empêcher de fuir ». Le journal a ajouté « qu’entre 6 000 et 8 000 terroristes » se trouvaient à Alep, estimant que des « centaines d’entre eux ont été tués ou blessés ». Les rebelles, eux, disent tenir la moitié de la ville et affirment que malgré les bombardements, par l’artillerie et l’aviation, les soldats ne parviennent pas à avancer au sol.
L’armée contrôle Damas
Sur l’autre grand front du conflit syrien, celui de la capitale, l’armée a affirmé samedi contrôler totalement Damas après avoir repris le quartier Tadamoun. « Nous avons nettoyé tous les quartiers de Damas, de Midane à Mazzé, Qadam, Hajar el-Aswad et Tadamoun », a affirmé le général en charge des opérations dans ce dernier quartier, en le faisant visiter aux journalistes. La reprise du quartier a été confirmée par l’opposition.
Ailleurs dans le pays, cinq membres du commandement rebelle ont été blessés dans un bombardement à Jabal el-Akrad, dans la province côtière de Lattaquié, selon l’OSDH. À Yalda, dans une décharge publique, une journaliste étrangère a vu samedi une quinzaine de corps, dont certains brûlés ou mutilés. Les violences ont fait hier au moins 54 morts, selon al-Arabiya. Pour la journée de samedi, l’OSDH a fait état de 129 morts – 76 civils, 36 soldats et 17 rebelles – à travers le pays. En outre, un photographe britannique, John Cantlie, détenu dans un camp « jihadiste » pendant une semaine avec un collègue néerlandais, a affirmé hier qu’une partie de ses ravisseurs venaient du Royaume-Uni. « Ils étaient en tout environ 30, une douzaine parlaient anglais et neuf avaient l’accent londonien », a écrit John Cantlie dans le Sunday Times. Le Britannique avait été enlevé le 19 juillet avec le photographe néerlandais Jeroen Oerlemans dans le nord de la Syrie. Tous deux ont finalement été libérés par l’Armée syrienne libre le 26 juillet, selon leurs récits.
Sur le plan diplomatique, après que l’ONU eut récemment voté une résolution déplorant l’impuissance de la diplomatie pour arrêter ce conflit, le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, a une nouvelle fois exclu une intervention militaire en Syrie, dans un entretien au journal Welt am Sonntag. Et à Berlin, un groupe d’une cinquantaine d’opposants syriens travaillent à la rédaction d’une nouvelle Constitution dans l’optique d’une éventuelle chute du régime de Bachar el-Assad. De son côté, le général Manaf Tlass, plus haut gradé syrien ayant fait défection et qui a annoncé ces derniers jours préparer une feuille de route pour une sortie de crise, a effectué vendredi une visite surprise en Turquie pour y rencontrer des responsables turcs, a-t-on indiqué samedi de source diplomatique. Aucune précision n’a été donnée sur l’identité des responsables rencontrés, ni sur le contenu des discussions.
Enfin, Paris va profiter de sa présidence du Conseil de sécurité pour développer l’aide humanitaire au peuple syrien à défaut d’obtenir une avancée politique en raison du blocage russe, a affirmé samedi l’ambassadeur de France à l’ONU, Gérard Araud, en mettant en garde Moscou contre un « désastre final ». La France a pris le 1er août, pour un mois, la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies.
Reportage
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