L’économie américaine a créé ce mois-là 163 000 emplois de plus qu’elle n’en détruisait, enregistrant une forte poussée par rapport au mois précédent (64 000) et dépassant de loin la prévision médiane des analystes (100 000), selon le rapport mensuel du département du Travail.
Ce bond n’a toutefois eu aucun effet sur le taux de chômage qui a même pris 0,1 point pour atteindre 8,3 %, son plus haut niveau depuis février, alors même que la population active reculait. Au total, les États-Unis comptent désormais 13,8 millions de chômeurs, 100 000 de plus que le mois dernier.
Plus d’emplois et plus de chômage ? Ce paradoxe, qui s’explique en partie par des différences de bases statistiques entre les deux données, a laissé certains spécialistes sans réponse.
« C’est dur de comprendre vraiment ce qui se passe », a commenté l’économiste indépendant Joel Naroff. « Les entreprises embauchent davantage, mais c’est le taux de chômage que tout le monde regarde et sa hausse ne va rien faire de bien pour la confiance. »
Prenant de nouveau pour cible le bilan de son rival démocrate Barack Obama, le candidat républicain à la Maison-Blanche, Mitt Romney, a aussitôt déclaré que le taux de chômage était un « coup de marteau » pour les classes moyennes, tout en se gardant de commenter les créations d’emplois.
Le président Obama a répliqué en défendant son action tout en reconnaissant que « trop de gens étaient encore à la recherche d’un travail » et qu’il restait « beaucoup à faire » pour les aider.
Dans leur ensemble, les économistes se sont montrés relativement optimistes.
« Enfin une bonne nouvelle pour le marché de l’emploi », note Harm Bandholz, d’Unicredit, selon qui les créations d’emplois « posent les bases d’une reprise de la consommation des ménages » et d’une accélération de la croissance au second semestre.
Dans le détail, l’emploi privé a augmenté en juillet dans la quasi-totalité des grands secteurs d’activité, notamment dans les services et la production de biens durables. Le secteur public, qui supprime des postes de manière quasi continue, en a détruit 9 000 en juillet, soit autant que le mois précédent.
Autre bonne nouvelle, le salaire hebdomadaire moyen en juillet a de nouveau progressé de près de 2 % sur un an, soit plus vite que l’inflation (1,5 % sur un an en juin), ce qui se traduit par un gain de pouvoir d’achat pour les ménages.
« Ce rapport éloigne les craintes que les États-Unis puissent se diriger vers une récession (...) mais les incertitudes sur la croissance économique, la crise de la zone euro (...) ou l’élection fournissent de nombreuses raisons d’être prudents », commente Nigel Gault, du cabinet IHS Global Insight.
Alors que la croissance américaine tourne au ralenti depuis fin 2011, les regards se tournent désormais vers la Banque centrale américaine (Fed) qui a assuré mercredi qu’elle surveillerait « de près » l’évolution du chômage pour décider si elle doit actionner de nouvelles mesures de soutien à l’économie.
La principale interrogation porte sur l’opportunité d’une troisième opération d’« assouplissement monétaire » qui revient pour la Fed à injecter massivement des liquidités sur le marché.
Ce tableau contrasté sur l’emploi constitue « probablement le résultat le plus frustrant pour la Fed », souligne Chris Low, de FTN Financial.
« Cela donne du poids à la position (du président de la Fed, Ben) Bernanke, selon laquelle l’économie n’est pas aussi affaiblie que ça, mais ce n’est toutefois pas suffisant pour que (la Fed) pense que la reprise peut se soutenir sans aide extérieure », ajoute-t-il.
(Source : AFP)

