Le Conseil des ministres réuni sous la présidence de Nagib Mikati. Photos Dalati et Nohra
« Nous avions à choisir entre la manière forte, pour régler les crises sociales, et la manière douce. Nous avons fait le second choix. Nous voulions atteindre nos objectifs de manière pacifique, même si le règlement pouvait tarder à venir. Mais nous avons réussi à éviter la confrontation. Le gouvernement est prêt à assumer ses responsabilités à tous les niveaux. Dans la conviction que l’action collective est la plus efficace, notamment dans des situations telles que celles que traverse le Liban, nous tendons la main à toutes les parties afin que le travail de salut s’élève à un niveau national. »
En marge de cette décision, on apprenait que le Premier ministre avait demandé aux syndicats et parasyndicats réclamant l’adoption d’une nouvelle échelle des traitements et salaires dans le secteur public de faire preuve de sens des responsabilités. Cette échelle, a-t-il fait valoir, coûtera à l’État un milliard de dollars, et il est impensable de l’adopter si, parallèlement, on ne dispose pas des revenus susceptibles de couvrir, ne serait-ce qu’en partie, le montant.
Trouble-fête
Le règlement de la crise dans l’enseignement public, qui suit la levée du sit-in de cheikh Ahmad al-Assir, à Saïda, et prélude au règlement de la crise des journaliers de l’EDL, qui pourraient mettre fin à leur mouvement de grève aujourd’hui même, les ministres du bloc Joumblatt, Ghazi Aridi, Waël Abou Faour et Alaëddine Terro, jouant les trouble-fête, n’ont pas permis au Premier ministre de le savourer tranquillement.
En posant sur le tapis le cas du renvoi en Syrie de 14 Syriens par la Sûreté générale, les trois ministres ont soulevé le dossier des rapports syro-libanais dans toutes ses ambigüités. Ils ont commencé par relever la difficulté qu’ils ont eue à obtenir l’information elle-même, affirmant que le Premier ministre en a pris connaissance par leur intermédiaire. Livrer les détenus aux autorités syriennes, ont encore expliqué les ministres, c’est les condamner à une mort certaine, sinon tous, du moins les politiques d’entre eux, comme une expérience antérieure l’a prouvé.
En retour, les ministres proches du régime syrien Ali Kanso, Mohammad Fneich et Ali Hassan Khalil, ont rétorqué que les personnes reconduites en Syrie avaient du sang sur les mains et devaient en rendre compte. Ils ont également noté que des éléments armés blessés pénétraient au Liban pour se faire soigner, et qu’on en perdait ensuite la trace.
Le ministre de l’Intérieur, de son côté, devait expliquer que la décision d’expulsion des 14 Syriens s’est faite sur la base de leur casier judiciaire et qu’elle était légale.
Selon certains ministres, comme Nicolas Fattouche, la Sûreté générale n’avait pas à obtenir l’autorisation du gouvernement pour agir, encore moins à en informer le Premier ministre.
Pour trancher, le Premier ministre devait annoncer que le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, allait publier un communiqué circonstancié sur l’affaire.
En fait, on apprenait en cours de soirée que la Sûreté générale a effectivement signé l’arrêt de mort de deux à quatre des personnes expulsées, selon des indications fiables. Les intéressés, apprenait-on, avaient clairement précisé qu’ils craignaient d’être sommairement exécutés, s’ils étaient reconduits à la frontière, et avaient demandé, sous une forme ou une autre, à bénéficier de l’asile politique au Liban.
Les États-Unis et l’Union européenne se sont joints aux protestations soulevées au Liban par cet acte qui, s’il se justifie sur le plan légal, n’en revêt pas moins une dimension politique. M. Walid Joumblatt a demandé, pour sa part, la démission du directeur général de la Sûreté générale.
Décisions
Parmi les décisions adoptées hier en Conseil des ministres figurent l’octroi d’avances du Trésor au FSI et au Haut Comité de secours (2 milliards, destinés à permettre la poursuite des aides accordées aux réfugiés syriens), l’allègement des taxes sur les voitures et motos électriques ou hybrides et l’octroi des autorisations nécessaires aux universités Haïgazian, LAU et Kafa’at pour créer de nouveaux diplômes.


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