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Nos lecteurs ont la parole

Bon sang ne saurait mentir

Georges TYAN
Pauvre Bachar ! En effet, qu’est-ce qui ne lui tombe pas sur la tête : les textos qui circulent, les commentaires à la limite de la décence sur la Toile, les articles de presse, les caricatures, un couteau dégoulinant de sang entre les dents, la tête cerclée de lunettes de myopie sur un cou de girafe avec, en dessous, plein de cadavres d’enfants démembrés.
Des qualificatifs aux sobriquets dont on l’affuble, toute la ménagerie y passe, le traitant de dictateur sanguinaire, assoiffé du sang de ses concitoyens qu’il abat à l’arme lourde, détruisant villes et villages, juste pour garder la main sur l’État-voyou reçu en héritage, ne l’oublions pas, d’un père qui avait instauré la terreur comme base de son pouvoir. Bon sang ne saurait mentir.
Et dire qu’il y a à peine quelques mois, ses détracteurs lui mangeaient dans la main, faisaient antichambre devant sa maison, quémandant un clin de ses augustes yeux, un plissement de son front, un petit sourire en coin de ses lèvres pincées, un geste de ses longs bras, telle une furtive bénédiction.
Naguère aussi, il était reçu avec tapis rouge et fanfares, dans toutes les capitales où il condescendait à se rendre. Les honneurs lui étaient rendus par les grands de ce monde, qui se cassaient en deux devant cet homme aux pouvoirs maléfiques et au potentiel de nuisance infini.
Il était plus que craint ; ses pairs évitaient son courroux. Souvenez-vous, il les avait traités de bonnes femmes, puis il fut reçu chez eux, comme un prince de sang. On lui laissa un temps la bride au cou, d’autant plus que la revanche étant un plat qui se mange froid, pas besoin de le tirer à courte paille, son sort était d’avance scellé, son nom inscrit en lettres grasses sur la liste des potentats que le vent du changement devait emporter.
Je ne m’apitoie nullement sur le sort de Bachar el-Assad. Dictateur, fils de dictateur, il l’est bel et bien. Les Libanais portent toujours les stigmates des atrocités commises à leur encontre, pour les mettre au pas au nom d’une histoire à dormir debout : « Deux pays, un seul peuple ». Mais plus encore parce que le Liban, dans la bonne entente de ses diverses communautés, était pour les protecteurs de ce régime scélérat et ses acolytes un exemple qu’il fallait coûte que coûte liquider.
Reste à savoir non s’il partira, mais quand. Le sang coule en Syrie, des morts atroces, des destructions massives, des dégâts incalculables... Nous avons connu cela du temps du père. Le cycle infernal de violence s’arrêtera-t-il bientôt ?
Les Américains, les Européens, le monde libre d’une part, les Russes et les Chinois de l’autre, semblent décidés à en découdre jusqu’au dernier Syrien.
Et nous, Libanais, dans tout cela, qu’allons-nous gagner ? Question légitime que je me pose en bon descendant de ce peuple dit-on mercantile que furent nos aïeux, les Phéniciens. Au train où vont les choses, pratiquement rien. Nous allons, c’est certain, y laisser des plumes, non seulement parce que celui qui ne gagne rien perd, mais plus encore de cette mauvaise habitude de fourrer notre nez dans ce qui ne nous concerne pas.
Avant d’aller plus loin, je compatis aux souffrances du peuple syrien ; la vue des enfants assassinés à bout portant, démembrés, déchiquetés me révolte. C’est atroce, choquant et inhumain. Pourtant, je n’ai pas souvenance qu’un parti, une association, un groupement syrien ait levé le petit doigt pour dénoncer, même timidement, la sauvagerie d’Assad père et de ses sbires quand nous l’endurions.
Quand il nous a montés l’un contre l’autre, communauté contre communauté, nous tapant dessus à tour de rôle, à chacun à son tour, de manière à ce que personne ne gagne, que tous vaincus lui soyons redevables d’avoir soi-disant pacifié le Liban, alors que son armée le mettait à sac, faisant disparaître toute personne qui manifestait des velléités d’indépendance.
C’est ainsi qu’après Kamal Joumblatt, Bachir Gemayel s’en alla ; c’est ainsi que Bachar prit la relève du père, inaugurant avec Rafic Hariri la cohorte de nos martyrs. C’est ainsi que le parti de Dieu entra sagement dans le giron syrien, après que certains de ses cadres furent éliminés, ou mis sur la touche, sans oublier les batailles rangées contre son alter ego chiite Amal.
C’est ainsi aussi que je persiste à croire que le parti de Dieu et ses alliés du moment ont tort de s’immiscer dans le bourbier syrien d’une manière si flagrante. Le temps n’est pas aux fanfaronnades mais au discernement. Justement, ceux qui avaient donné à Assad père un blanc-seing sur notre pays ont retiré, et avec quel acharnement, le paillasson sous les pieds du fils.
Que sayyed Hassan Nasrallah se le tienne pour dit : il n’est redevable en rien à quiconque, même pas pour les armes qu’il reçoit et qui servent en définitive l’intérêt de leurs donateurs, nullement celui de la communauté chiite libanaise, propriétaire au même titre que nous tous de ce pays.
Entraîner le Liban comme en 2006 dans une guerre de diversion pour soulager le régime syrien est une gageure perdue d’avance ; déjà que l’Oncle Sam, qui n’est pas connu pour ses états d’âme, l’accuse nommément de la tuerie en Bulgarie la semaine passée. Le mécanisme de ce piège est en branle, et y tomber est suicidaire.
Cette fois, il n’y aura pas d’union nationale forcée autour de lui, le seul résultat tangible qu’il aura atteint sera l’éclatement de notre pays. Il n’y aura pas non plus un parti qui s’auréole d’une victoire, tandis que la patrie toute entière pansera ses plaies et rebâtira une infrastructure détruite.
En fin de compte, Bachar el-Assad inéluctablement va s’en aller. Trop de sang a coulé, des tonnes de rancœur ont émergé. Une fois parti – et là je rejoins un observateur que je respecte –, le clivage entre 8 et 14 Mars deviendra caduc, nul et non avenu, mais la tension sera à son comble, c’est dans une abysse sans fond que nous allons nous engouffrer, si nous n’y prenons pas garde.
Je croise les doigts pour que la caste politique qui nous gouverne soit autant perspicace. Saluons au passage la fermeté et le courage du président de la République qui a fait valoir que nos frontières ne sont pas une passoire. Bravo !

Georges TYAN
Pauvre Bachar ! En effet, qu’est-ce qui ne lui tombe pas sur la tête : les textos qui circulent, les commentaires à la limite de la décence sur la Toile, les articles de presse, les caricatures, un couteau dégoulinant de sang entre les dents, la tête cerclée de lunettes de myopie sur un cou de girafe avec, en dessous, plein de cadavres d’enfants démembrés. Des qualificatifs aux sobriquets dont on l’affuble, toute la ménagerie y passe, le traitant de dictateur sanguinaire, assoiffé du sang de ses concitoyens qu’il abat à l’arme lourde, détruisant villes et villages, juste pour garder la main sur l’État-voyou reçu en héritage, ne l’oublions pas, d’un père qui avait instauré la terreur comme base de son pouvoir. Bon sang ne saurait mentir.Et dire qu’il y a à peine quelques mois, ses détracteurs lui...
commentaires (1)

Bravo pour cet article!

Rbeiz Joanna

07 h 35, le 31 juillet 2012

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Commentaires (1)

  • Bravo pour cet article!

    Rbeiz Joanna

    07 h 35, le 31 juillet 2012

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