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Culture - Théâtre

« Madame Ghada », la solitude, ça existe !

Ce soir encore, l’association Dawar el-Shams présente à 21h30 « Le seuil de la douleur de Madame Ghada », une pièce théâtrale qui sonde la solitude des villes.

Hanane Hajj Ali et Rim Khattab, le fossé entre les générations. Photo Houssam Mcheimech

De quoi souffre Ghada ? Cette jolie femme dans la quarantaine qui semble se chercher sans pourtant se retrouver ? A-t-elle le mal de « mère », de son côté dominateur ? Une maman (Hanane Hajj Ali) qui, apparemment, n’a jamais su communiquer avec sa propre fille et qui, en outre, lui parle comme si elle était encore une enfant, sans aucune considération ni respect pour ses expériences vécues. Porte-elle encore la douleur du décès de son époux qui, pourtant, n’avait pas une vie vertueuse puisqu’il est mort en « action » avec une autre femme ? Souffre-t-elle de solitude ? Branchée la nuit sur le Web, Ghada surfe-t-elle à la recherche d’une âme perdue comme elle ? Souffre-t-elle sinon des affres du temps et des métamorphoses de son corps qui lui pèse et dont elle se délestera de quelques centaines de grammes (histoire de revenir quelques années en arrière) ? Ou peut-être souffre-t-elle simplement de cette rage de dents, grâce à quoi elle connaîtra une autre âme esseulée dans la personne du dentiste veuf habitant le rez-de-chaussée de son immeuble ?


Ghada est interprétée par Rim Khattab. Elle est entourée de Mohammad al-Rachi, Hanane Hajj Ali et Kamel Najmeh dans cette dramaturgie de Waël Kaddour écrite et mise en scène par Abdullah Alkafri. Écrivain, animateur et dramaturge, ce dernier a choisi, pour sa première mise en scène, d’inviter le public sur les planches. Des chaises disposées en gradins à bonne distance des comédiens permettent de s’introduire aisément dans l’univers intérieur de cette Madame Ghada afin de mieux comprendre ses tourments.

 Modernité et innovation
D’une simple conversation avec sa mère, on devine le conflit de générations et le fossé qui sépare ces deux femmes. Une autre saynète montrant la comédienne en train de chatter sur le Web suffit à traduire sa solitude. Veuve d’un homme qui était volage, ayant atteint la moitié de son parcours, elle voudrait encore étudier l’espagnol ou se trouver une autre activité aussi inutile que celle-là. Sa maman lui demandera d’ailleurs : « Tu veux apprendre l’espagnol pour parler avec qui ? » Ghada souffre d’un vide atroce. Et c’est ce vide que le réalisateur syrien Abdullah Alkafri a pu représenter sur scène à travers cette architecture montée en cubes amovibles se transformant à loisir sous un simple jeu de lumières dans une clinique de dentiste, dans une chambre, sur un balcon ou encore dans une chambre d’hôpital.

 

Si les dialogues sont courts, brefs, ils parviennent par contre à dessiner l’état d’âme de cette femme insatisfaite de sa vie. En très peu de mots, on comprend les tourments de Ghada, notamment son désir de recourir à la chirurgie esthétique. Dû au déplacement de meubles effectué après chaque scène, le temps semble faire des pauses et l’atmosphère devient lourde et pesante. Les lenteurs de l’action qui sont en fait une inaction, une inertie préludant à la conclusion dramatique, deviennent de ce fait plus compréhensibles par le public. Et l’arabe littéraire, langue parlée par les comédiens, réussit à ériger un mur entre l’audience et le monde carcéral de Ghada. Au XIXe siècle, Ghada aurait pu être une « Madame Bovary » et le mal dont elle souffre aurait pu porter le nom de spleen. Deux siècles plus tard, les femmes sont demeurées les mêmes, mais le mal qui les ronge porte un autre nom. Il s’agit d’un problème d’incommunicabilité avec les autres, une maladie dont souffrent peut-être une grande partie des habitants des cités modernes, et cela, Alkafri a bien compris comment le mettre sur scène.

De quoi souffre Ghada ? Cette jolie femme dans la quarantaine qui semble se chercher sans pourtant se retrouver ? A-t-elle le mal de « mère », de son côté dominateur ? Une maman (Hanane Hajj Ali) qui, apparemment, n’a jamais su communiquer avec sa propre fille et qui, en outre, lui parle comme si elle était encore une enfant, sans aucune considération ni respect pour ses expériences vécues. Porte-elle encore la douleur du décès de son époux qui, pourtant, n’avait pas une vie vertueuse puisqu’il est mort en « action » avec une autre femme ? Souffre-t-elle de solitude ? Branchée la nuit sur le Web, Ghada surfe-t-elle à la recherche d’une âme perdue comme elle ? Souffre-t-elle sinon des affres du temps et des métamorphoses de son corps qui lui pèse et dont elle se délestera de quelques centaines de grammes...
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