Housam Housam, Habib Chartouni, deux noms spectaculairement sortis ces derniers jours des oubliettes, comme vomis par le volcan syrien ou telles ces scories qui, dans les fonderies, se détachent du métal en fusion.
Il serait superflu de rappeler les dévastateurs exploits du Syrien Housam, tantôt agent repenti des services secrets syriens accusant ses propres patrons, ainsi que leurs collègues libanais, d’avoir fait assassiner Rafic Hariri en février 2005, et tantôt assurant, au cours d’une conférence de presse à Damas, qu’il avait été grassement payé pour mouiller mensongèrement tout ce beau monde. C’est de ces fausses dépositions que Damas et ses amis avaient pris prétexte pour contester férocement l’impartialité et le professionnalisme des enquêteurs internationaux, comme d’ailleurs du Tribunal spécial pour le Liban.
Toujours est-il que c’est ce même et triste personnage qui vient de tomber aux mains des rebelles syriens. Et qui, dans un vidéoclip, opère un nouvel et acrobatique retournement, demandant à être emmené au Liban pour y dévoiler une masse de secrets : un vœu que ses geôliers s’engagent à exaucer en livrant le sulfureux colis non point aux autorités de Beyrouth, mais au fils et héritier de Rafic Hariri, dont les proches ont aussitôt assuré qu’il n’avait que faire de cet encombrant cadeau.
Ce que traduit le deuxième de ces cas, c’est un mépris encore plus total de l’État libanais, et plus précisément de la justice locale, mais aussi de tous les principes et valeurs qui, de ce pays, même malade et accablé de problèmes, font tout de même autre chose que le paradis du crime impuni. Habib Chartouni n’est pas syrien, lui, mais c’est tout comme, puisque ce maronite libanais, auteur de l’attentat à la bombe qui, en 1982, a causé la mort du président-élu Bachir Gemayel, est membre d’un parti prônant la fusion du Liban dans une Grande Syrie, et donc aux ordres de Damas. Habib Chartouni n’est jamais passé en jugement, durant la période mouvementée qui a suivi ce meurtre. Et c’est parce qu’il n’a jamais été jugé, c’est parce qu’il a été libéré de prison par une armée syrienne enfin maîtresse de tout le territoire libanais, que les mêmes lanceurs de contrats pouvaient par la suite assassiner impunément – et quasi ouvertement – un autre président, René Moawad, tout cela sans parler de la longue série d’attentats qui a marqué ces dernières années. Et qui est loin d’être terminée, comme le montrent les récentes tentatives visant le chef des Forces libanaises Samir Geagea et le député Boutros Harb.
C’est dans ce contexte déjà surréel qu’une campagne est actuellement menée pour obtenir un abandon des charges contre Habib Chartouni et la réhabilitation civique et morale du preux militant – on croit rêver –, du criminel promu héros pour avoir ôté la vie à un chef politique qui, trente ans après son martyre, continue d’être un très authentique héros aux yeux d’une grande partie du peuple libanais ! Mais tout compte fait, pourquoi donc se gêneraient-ils, ceux-là qui œuvrent à travestir aussi grotesquement le passé ? Une résistance à l’occupation israélienne qui a tourné à la conquête armée du pouvoir, des repris de justice qui coulent une vie tranquille dans leurs sanctuaires, une police privée par les responsables des données téléphoniques qu’elle réclame : c’est à notre précaire présent que s’en prennent les maquilleurs.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Il serait superflu de rappeler les dévastateurs exploits du Syrien Housam, tantôt agent repenti des services secrets syriens accusant ses propres patrons, ainsi que leurs collègues libanais, d’avoir fait assassiner Rafic Hariri en février 2005, et tantôt assurant, au cours d’une conférence de presse à Damas, qu’il avait été grassement payé pour mouiller mensongèrement tout ce beau monde. C’est de ces fausses dépositions que Damas et ses amis avaient pris prétexte pour contester férocement l’impartialité et le professionnalisme des enquêteurs internationaux, comme d’ailleurs du Tribunal spécial...


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