Douglas Kennedy, un auteur qui fait passer beaucoup de choses dans ses ouvrages à la lecture facile.
C’est pour essayer de trouver quelques réponses à ces interrogations sur le rôle et la place de l’argent dans toute vie humaine que l’auteur américain le plus europhile – et, accessoirement, le plus apprécié en France après son compatriote Paul Auster –, s’est attelé, au tout début des années 90, à cet ouvrage, aujourd’hui réédité, car se révélant toujours – et même plus que jamais – d’actualité!
Dans sa nouvelle préface, Douglas Kennedy explique que Combien? est dans la lignée de ses deux précédents récits de voyage Au-delà des pyramides et Au pays de Dieu, rédigés dans les années 80, juste avant qu’il ne se lance dans l’écriture romanesque. Des ouvrages construits à partir d’un mélange de chroniques, de reportages, de portraits et d’observations racontant un pays, une région, un univers.
En l’occurrence, dans ce dernier opus, l’univers de la Bourse, des salles de marchés des institutions financières et des grandes banques d’affaires aux quatre coins du globe... Tous ces grands temples de l’argent où l’auteur s’est immergé une année entière pour mieux saisir les secrets de la fascination qu’il exerce sur ses adorateurs.
Car en observateur averti, tout autant qu’en parfait romancier – au style limpide, facile à lire –, Douglas Kennedy ne tombe pas dans l’écueil des descriptions arides et parsemées de jargon professionnel du monde de la finance mais brosse, au contraire, une passionnante galerie de personnages gravitant dans ce milieu. Des disciples du dieu capitaliste qui, de New York à Singapour, en passant par Londres ou les salles de marché de Sydney, ainsi que par les Bourses – émergentes à l’époque – de Casablanca et de Budapest, vont se confier à l’auteur parti à leur rencontre. Et lui révéler, par-delà les mythes et les projections fantasmées qui entourent ces grands bastions financiers, la comédie humaine qui s’y joue.
«Car, après tout, écrire sur l’argent, n’est-ce pas écrire sur la condition humaine?»
Et finalement, quel est le point commun entre l’homme qui convoite la Jaguar dernier modèle et celui qui rêve d’un niveau de vie équivalent à celui qui lui a été offert par ses parents dans son enfance? Le désir de vouloir toujours plus dans l’espoir de combler un manque. Qu’il soit matériel, affectif ou lié au besoin d’affirmation personnelle.
Loin des thrillers psychologiques qui ont fait son succès, mais puisant toujours dans son observation aiguë de la nature humaine, Douglas Kennedy nous livre ici, à travers le récit de ses déplacements dans les différentes places financières mondiales et des rencontres qu’il y fait – avec les yuppies de Wall Street, les traders de la City, de Singapour ou de Sydney, les négociants de Casablanca ou encore les golden boys de Budapest, alors en pleine transition du communisme à l’économie de marché – des épisodes de vies motivées, mais aussi souvent rongées, par la poursuite effrénée du gain et de l’enrichissement.
Il s’en dégage aussi une peinture de la relation à l’argent spécifique à chaque société. Mais surtout la conclusion, tout aussi lucide que désespérée, qu’entre «l’homme qui a tout, qui n’a plus rien à espérer, et celui qui n’a aucun espoir d’avenir, le constat est le même: il y aura toujours un manque».


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