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Diaspora - Littérature

Écrire aux USA avec ses racines libanaises

Gebran Khalil Gebran, Amine Rihani, May Ziadé, Farès Chidiac ont fait les grandes heures de la littérature de la diaspora. Beaucoup d’eau a coulé depuis et aussi beaucoup d’encre. Témoin, l’édition 2012 du « Arab American Book Award ».

Philip Metres : arias pour Abou Ghraib et la saveur des feuilles de vigne farcies.

WASHINGTON, d’Irène MOSALLI

Il s’agit d’un prix qui se propose d’encourager la publication d’ouvrages de qualité portant sur le savoir, les spécificités et la potentialité de la communauté américaine d’origine arabe. Il se veut également une inspiration pour ceux d’entre eux désireux de s’exprimer par l’écriture. Cette année, la part belle est réservée à la plus belle plume américaine d’origine libanaise qui a dominé la presse US, tout en ayant un grand écho dans le monde, celle d’Anthony Shadid. Il recevra, dans le cadre de cet événement qui se déroulera à l’«Arab American National Museum» (Michigan), un grand hommage posthume. Deux fois lauréat du prestigieux prix Pulitzer pour son travail au Proche-Orient, il est décédé en février dernier (à l’âge de 43 ans), des suites d’une crise d’asthme alors qu’il couvrait les événements en Syrie pour le New York Times. Un mois plus tard, est sorti son dernier ouvrage House of Stone, a Memoir of Home, Family and a Lost Middle East, une histoire de la restauration de la maison familiale qui lui tenait tant à cœur. Il y raconte comment, lors des travaux de réaménagement, il a expérimenté son environnement originel, le village de Marjeyoun, où il n’avait jamais eu l’occasion de vivre, tout en continuant à capter professionnellement un Moyen-Orient à la dérive.

« Making Mehshi », tout un poème
Quant aux lauréats du concours «Arab American Book Award», ils se sont distingués dans trois différents genres: le roman (gagnante Diana Abou Jaber avec Birds of Paradise) l’essai (Arab American Feminism par Rabab Abdelhadi, Évelyne al-Sultani et Nadine Naber). Et c’est un Américain d’origine libanaise, Philip Metres, qui remporte la palme, catégorie poésie, avec son recueil intitulé Abou Ghraib Arias. Dans cette cantate à ce lieu d’enfermement ayant provoqué un tollé en 2004, il médite sur la torture, côté victime et côté bourreau. Ce qui remue en lui sa «vertigineuse expérience de la double identité», amplifiée par la fatidique date du 11/9/02. Dans son texte (se référant aux victimes, aux soldats US, à la Bible et au code de Hammourabi), il fait volontairement pression sur les mots afin de les briser, comme on fait lorsque l’on torture. Professeur de littérature à la John Caroll University (Ohio), Philip Metre est un auteur prolifique. Il est né en 1970, à San Diego (Californie) d’un père d’origine libanaise et d’une mère aux racines germano-irlandaises. Il a souvent évoqué cette double dynamique qui a généré en lui le sentiment d’être «différent». Une différence qui l’a mené à se lier d’amitié avec des personnes également venues d’horizons différents (Corée, Inde, Lithuanie...). Une curiosité intellectuelle qui en a notamment fait un traducteur de poésie russe. Ce brassage d’idées n’a pas étouffé sa fibre ancestrale retrouvée dans son poème Making Mehshi. Ou le rituel d’enrouler les feuilles de vigne farcies en vantant dans une langue imagée leur couleur (fraîche), leur saveur (juste ce qu’il faut d’ail et de citron) et la dextérité de la grand-mère qui seule réussit ce plat. Des images indélébiles quoique enregistrées à l’âge de cinq ans. Ou la «madeleine» de Proust à la mode de chez nous.
WASHINGTON, d’Irène MOSALLI Il s’agit d’un prix qui se propose d’encourager la publication d’ouvrages de qualité portant sur le savoir, les spécificités et la potentialité de la communauté américaine d’origine arabe. Il se veut également une inspiration pour ceux d’entre eux désireux de s’exprimer par l’écriture. Cette année, la part belle est réservée à la plus belle plume américaine d’origine libanaise qui a dominé la presse US, tout en ayant un grand écho dans le monde, celle d’Anthony Shadid. Il recevra, dans le cadre de cet événement qui se déroulera à l’«Arab American National Museum» (Michigan), un grand hommage posthume. Deux fois lauréat du prestigieux prix Pulitzer pour son travail au Proche-Orient, il est décédé en février dernier (à l’âge de 43 ans), des suites d’une...