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À La Une - Polémique

Achat de terrain problématique à Dlebta : la municipalité tente l’expropriation

Les habitants ont envoyé une lettre au nouveau propriétaire saoudien pour lui demander de leur revendre la terre.

A Dlebta, un beau village préservé du Kesrouan, un terrain de près de 7 700 mètres, sur une colline appelée « colline de la croix », a été vendu par son propriétaire libanais à un Saoudien.

Il y a quelques semaines éclatait un scandale à Dlebta, un beau village préservé du Kesrouan. Un terrain de près de 7 700 mètres, sur une colline appelée « colline de la croix », a été vendu par son propriétaire libanais à un Saoudien. Les habitants de la localité ont crié au scandale, d’autant plus que la loi libanaise interdit aux étrangers de s’approprier des terrains de plus de 3 000 mètres carrés. Or dans ce cas-là, le nouveau propriétaire saoudien bénéficiait d’un décret présidentiel, datant du 14 avril, lui permettant d’acquérir exceptionnellement un terrain aussi vaste. Autre grief des habitants : toute l’affaire a été réglée en catimini, même la municipalité n’en a été informée qu’à la publication du décret dans le Journal officiel.


C’est ce que nous racontent avec beaucoup d’émotion les dames du comité citoyen de Dlebta, créé pour suivre cette question, Julie Lebnan Awaïda et Mirna Abi Hatem. Ce comité vient de publier un communiqué dans lequel il assure que les habitants du village sont « préoccupés par les répercussions négatives que peut entraîner la vente de larges parcelles de terrains dans notre village – et plus globalement au Liban – à des intérêts étrangers ».
Aujourd’hui, la municipalité tente de remédier à cette situation en se lançant dans une procédure d’expropriation. « La procédure se trouve déjà auprès du ministre de l’Intérieur, explique Nadim Raphaël, président du conseil municipal. Comme l’achat du terrain s’est fait suite à un décret présidentiel, il faut une décision du Conseil des ministres pour approuver l’expropriation. »


Selon M. Raphaël, il s’agit actuellement du seul moyen légal dont dispose la municipalité pour restituer le terrain au village. « L’expropriation nous permettra de créer un jardin, que nous appellerons jardin de la croix, ainsi qu’un club sportif et un centre d’études et de recherches agricoles », dit-il. Et si la procédure d’expropriation n’aboutit pas? « Nous essaierons d’entrer en contact avec l’émir saoudien, nouveau propriétaire du terrain, pour le convaincre de nous le revendre, répond-il. Il est certainement aussi préoccupé que nous de ce remue-ménage. »
Mmes Awaïda et Abi Hatem nous racontent, quant à elles, que le comité de suivi a déjà écrit une lettre à l’intention de l’émir, qui lui a été communiquée via l’ambassade d’Arabie saoudite. Dans cette lettre, le comité invoque « la protection du patrimoine culturel et religieux du village, cette colline, appelée colline de la croix, étant un lieu de pèlerinage pour de nombreux Libanais». Le document évoque aussi « les nombreux sacrifices faits par nos ancêtres pour préserver cette terre, malgré les guerres, la famine et la pauvreté ». Il demande enfin au nouveau propriétaire « d’accepter de revendre cette terre aux habitants de la région ». « L’émir ne nous a pas encore répondu », disent-elles.

 Préserver le patrimoine
Les deux femmes nous précisent également que le dossier a été envoyé au patriarche maronite Béchara Raï, afin de le renseigner sur l’affaire. Au niveau du lobbying politique, le comité compte entre autres sur l’appui du député Nehmetallah Abi Nasr, qui a souvent dénoncé les ventes massives de terrains à des étrangers. « Ce n’est pas le premier terrain à avoir été vendu dans le village et dans les environs, mais c’est de loin le plus vaste, ce qui nous a alarmés, explique Julie Awaïda. Le plus important, c’est que cette affaire a ouvert le débat dans tout le pays. »
Ne craignent-elles pas de voir cette affaire prendre une tournure confessionnelle ? « Il s’agit simplement d’un refus de céder tous les terrains aux intérêts étrangers, plutôt qu’une affaire de différence religieuse, affirme-t-elle. C’est notre lutte pour préserver notre patrimoine et notre identité. Cette montagne a été entretenue par nos ancêtres, elle devrait être protégée. »


Au final, Julie Awaïda espère que la loi sur l’acquisition de terrains par les étrangers sera modifiée et que les conditions de telles ventes deviendront plus strictes. « Les Libanais sont de plus en plus défavorisés par rapport aux autres, la hausse des prix leur rend presque impossible toute acquisition dans leur pays », dit-elle.
Enfin, Mmes Awaïda et Abi Hatem évoquent un incident étrange qui a eu lieu récemment : un incendie a éclaté sur la colline à un endroit inaccessible aux pompiers. Il n’a pu être éteint qu’avec le concours des hélicoptères. « Nous ne savons pas qui a pu être à l’origine de ce feu, disent-elles. Mais les esprits sont échauffés. Il faut régler cette affaire avant qu’il y ait davantage de remous. Pour notre part, nous ne voulons employer que les moyens pacifiques et légaux pour arriver à nos fins. »

 

 

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C’est ce que nous racontent avec...
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