L’Espagnol Luis Leon Sanchez (Rabobank) a remporté en solitaire la 14e étape du Tour de France, hier, à Foix, après une fin de parcours bouleversée par un jet de clous dans le final devant le peloton. Stephane Mahe/Reuters
Malgré deux cols de première catégorie, malgré le Mur de Péguère et ses quelque 3,6 kilomètres à 12 % de moyenne, il ne s’est rien passé entre les favoris. Le sommet de Péguère étant situé à près de 40 kilomètres de l’arrivée, on n’attendait pas que le Tour se joue ici. Toutefois, on espérait au moins une passe d’armes dans le final de Péguère. Mais à l’exception d’une petite accélération de Cadel Evans, vite annihilée par les Sky, ce fut silence radio. Finalement, il a fallu attendre le sommet de la dernière difficulté et l’intrusion d’un élément extérieur indésirable pour sortir ce 15e acte de sa torpeur. De quoi parle-t-on ? De clous de tapissier qui ont pullulé sur la route au point de provoquer de multiples crevaisons. Une cinquantaine au total ! Même des voitures et des motos ont laissé des pneus.
Rolland se
fait des amis
La principale victime aura été Cadel Evans. Juste au moment de franchir le sommet du Mur de Péguère, le tenant du titre s’est retrouvé pris au piège, avec la roue arrière en miettes. Les voitures ayant du mal à passer sur la chaussée étroite, l’Australien a mis beaucoup de temps à être dépanné. Une fois reparti, il a crevé par deux fois dans la descente ! Il a ainsi compté deux minutes de retard sur le groupe maillot jaune qui, à la demande notamment de l’équipe Sky, a cessé de rouler. Seul Pierre Rolland a attaqué dans la descente. Le grimpeur d’Europcar s’est attiré les foudres du reste du peloton et a fini par se relever. Mais ses oreilles vont sans doute siffler pendant quelques jours... Tout est finalement rentré dans l’ordre, Evans est rentré, quitte pour une bonne frayeur. Au-delà de cette rocambolesque histoire, le grand bénéficiaire du jour est une fois encore Bradley Wiggins. Nullement attaqué, le maillot jaune fait un pas de plus vers Paris.
Les échappés, eux, avaient eu le temps de passer entre les clous. Ceux-ci ont semble-t-il été posés par des imbéciles (y a-t-il un autre mot ?) sur la route après le passage des hommes de tête et avant l’arrivée du peloton, qui naviguait un bon quart d’heure derrière le groupe de fuyards. Luis Leon Sanchez, grand habitué des raids au long cours, s’est donc montré le plus malin en attaquant au bon moment, laissant sur place Philippe Gilbert, Sandy Casar, Gorka Izagirre et Peter Sagan.
Dans la descente, Casar a été repris par Sagan et Izagirre, puis par Gilbert et Sanchez.
« Ma seule chance était de partir de loin et d’y aller seul », a déclaré Luis Leon Sanchez, conscient de la supériorité de Sagan – désigné combatif du jour – au sprint. « On est tombé sur un grand (Luis Leon) Sanchez. Lui, il est un peu ma bête noire, on se retrouve souvent ensemble dans les échappées. Même en s’organisant derrière lui, on ne lui reprenait pas de temps », a commenté Casar.
Pour la quatrième fois en quatre ans, le Français et l’Espagnol ont participé en même temps à une échappée gagnante dans le Tour, avec avantage à Sanchez (Saint-Girons 2009, Saint-Flour 2011, Foix 2012) par rapport à Casar (Saint-Jean-de-Maurienne 2010).
Blessé à un poignet en début de Tour, le Murcian a sauvé le bilan de l’équipe Rabobank réduite à quatre coureurs. Il a apporté aussi à l’Espagne son premier succès depuis le départ de Liège (Belgique).
Personne ne voulait ramener le Slovaque, certain de s’imposer au sprint, mais ce dernier a déjà gagné trois fois, et même la deuxième place acquise sur la ligne fait ses affaires dans l’optique du maillot vert. Sanchez était donc tranquille. Il en a profité, en habitué.
Lundi, la 15e étape se dispute sur 158,5 kilomètres, de Samatan à Pau, dans le Piémont pyrénéen, avant la seconde journée de repos.
Le final plane est favorable aux sprinteurs pour rejoindre Pau (87 000 habitants), la ville le plus souvent visitée par le Tour (64 fois) après Paris et Bordeaux.
Départ de Samatan à 14h40, arrivée à Pau vers 18h36 heure de Beyrouth (prévision à 42 km/h de moyenne).
Les classements
Étapes
1. Luis Leon Sanchez (Esp/RAB) les 191,0 km en 4h50’29’’
(moyenne : 39,5 km/h)
2. Peter Sagan (Slo/LIQ) à 0’47’’
3. Sandy Casar (Fra/FDJ) 0’47’’
4. Philippe Gilbert (Bel/BMC) 0’47’’
5. Gorka Izagirre (Esp/EUS) 0’47’’
6. Sergio Paulinho (Por/SAX) 2’51’’
7. Sébastien Minard (Fra/ALM) 2’51’’
8. Martin Velits (Slo/OPQ) 3’49’’
9. Eduard Vorganov (Rus/KAT) 4’51’’
10. Steven Kruijswijk (P-B/RAB) 4’53’’
Général
1. Bradley Wiggins (G-B/SKY) 64h41’16’’
2. Chris Froome (G-B/SKY) à 2’05’’
3. Vincenzo Nibali (Ita/LIQ) 2’23’’
4. Cadel Evans (Aus/BMC) 3’19’’
5. Jürgen Van den Broeck (Bel/LTB) 4’48’’
6. Haimar Zubeldia (Esp/RSH) 6’15’’
7. Tejay Van Garderen (É-U/BMC) 6’57’’
8. Janez Brajkovic (Slo/AST) 7’30’’
9. Pierre Rolland (Fra/EUC) 8’31’’
10. Thibaut Pinot (Fra/FDJ) 8’51’’.
Clous sur la chaussée : la direction du Tour porte plainte
La direction du Tour de France a décidé de porter plainte contre X auprès de la gendarmerie, après le jet de clous avant le passage du peloton au cours de la 14e étape menant hier à Foix.
« Des clous ont été lancés sur la route dans la montée du mur de Péguère occasionnant de nombreuses crevaisons », a annoncé la direction de la course.
« L’organisation déplore ces actes irresponsables et dangereux qui constituent une atteinte à l’intégrité physique des coureurs et au bon déroulement sportif de l’épreuve », a-t-elle insisté.
La présence de clous de tapissier sur la chaussée a provoqué une trentaine de crevaisons, selon le directeur sportif de la course Jean-François Pescheux. Le Croate Robert Kiserlovski a chuté et a abandonné au début de la descente. Il souffre d’une fracture de la clavicule droite.

