C’est une histoire qui se passe à Beyrouth, en l’an de grâce 2012. Oui...
« Wear your uniform », « Bring the breakfast to Sir and Madam to bed », « You will not have any day off », « These are your dish, your fork and your knife, please make sure you don’t use ours », « You are not allowed to go out alone, to use the internet, or to call your family or your friends more than twice a month », « You can go with us to the beach, but please remember that housemaids are not allowed to swim, so keep your clothes on and look after the kids from outside the swimming pool »...
Cela constitue le standard des règles que notre société a édictées à l’intention de ces pauvres étrangères qui viennent travailler dans nos maisons, jour et nuit, 7 jours sur 7, pendant deux ou trois ans, loin de leurs familles, dans l’espoir d’économiser quelques sous et de payer l’école de leurs enfants. La ratio legis ? Il faut absolument être strict et sévère pour être respecté et bien servi ! « Cette race est ingrate : dès que tu fais preuve d’un peu de clémence, elles deviennent incontrôlables », dit la maîtresse de maison. « N’oublie surtout pas de garder son passeport avec toi pour qu’elle ne s’enfuie pas. Et puis il faut toujours l’enfermer à clé quand tu sors de la maison, tu sais bien qu’elle risque d’ouvrir la porte à des inconnus. »
Mais en tout cas, il n’y pas lieu de trop s’inquiéter : elles sont « garanties » pendant deux mois. Si elles ne plaisent pas à Madame, elle n’a qu’à les « retourner » et l’agent les « échangera »... Un droit de rétractation ? Il ne manque plus qu’une loi sur la protection du consommateur ou, mieux encore, sur la vente à distance pour garantir les droits de Madame.
Je n’attendrai pas le jour où j’irais travailler à l’étranger et où l’on me soumettrait à ce genre de règles, ou encore le jour où l’on m’appellerait « la Libanaise », pour me révolter : cela constitue sinon un retour à l’esclavage, du moins une émancipation avortée.


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