Les gradins se remplissent. On attend la légende, le mythe : Charles Aznavour. Aznavour... Rien ne lui est étranger : ni l’écriture, ni le théâtre, ni la diplomatie – il est l’ambassadeur arménien en Suisse et représentant de l’Arménie au sein de l’ONU. Ni le génie qui a fait vibrer ses cordes vocales à l’âge de neuf ans. Son trône est donc la musique, et son royaume, le monde.
Le concert ne connaît pas d’entractes. Aznavour les remplace par une mise en scène ingénieuse, l’inséparable fauteuil inclus, et des clins d’œil dans ses répliques de comédien. Sa gestuelle, sa course, sa posture : tout indique qu’il a bu au Graal de l’éternelle jouvence. Un train d’enfer au paradis, à la mesure de sa démesure.
Et, du haut de ses 88 ans, un chiffre qui ne fait que renforcer sa force titanesque, il se dresse en Hélios de la chanson, et révèle tous les secrets de la terre. Les secrets de la jeunesse et de son antipode. Ceux de l’amour et de l’humour. Ceux de l’enchantement, de la musique, du voyage et du temps qui passe. Et même, ceux de l’orthographe avec « Je t’aime A.I.M.E. ».
Les voix montent, l’accompagnent dans son moment de « bohème ». Les applaudissements jalonnent le refrain dans Les deux guitares. Et le concert s’achève en apothéose quand résonne son célèbre Emmenez-moi qu’on emmène avec soi, avec un lyrisme hugolien, car Aznavour est le Victor Hugo de la chanson française. Non, de la chanson tout court.
Et alors, le miracle aux soixante-six ans de succès retourne aux coulisses. Le public est debout. Il applaudit. Il attend, accroché à l’espoir de le revoir, une dernière fois, d’écouter encore une chanson. Mais non, Aznavour s’est élevé, retourné dans son monde, dans son ciel, une étoile voilant toutes les autres. Il est déjà éternel.


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Le Chantre de l'Amour ! Un autre Lamartine !
12 h 56, le 16 juillet 2012