Cruciale, en effet, est l’interrogation. Urgente, douloureuse, la constatation.
Notre boson ? Il est dans nos gènes. Si nous devons faire confiance à la science qui, tous les jours, se rapproche davantage des intuitions proprement divines ressenties par l’être humain depuis qu’il réfléchit, il nous faut bien dépasser le niveau du langage raciste, officiellement honni par les médias et les gens de bon ton, pour admettre enfin que les gènes à la base de la matière humaine, qu’ils soient bons ou moins bons en termes d’éthique, déterminent bel et bien et le caractère fondamental et les attitudes concrètes face à la montée de la vie sur terre.
Notre boson est donc subrepticement celé là d’où nous semblons tirer fierté de nos origines. Il contient du bon, mais du très mauvais aussi bien.
Ainsi c’est de nos gènes sémitiques qu’il s’agit, ce phénomène de formation basique de l’homme moyen-oriental.
Le trait qui caractérise ce dernier, au premier chef, est, hélas, la lourdeur... Lourdeur de l’œil, lourdeur des joues, lourdeur des fesses. Le spécimen en est reconnaissable au premier regard jeté sur lui. Parler d’une lourdeur de l’esprit ? Je ne saurais l’affirmer, mais je constate que la ruse, chez lui, prend le contre-pied de l’intelligence dès le premier mouvement. Il en devient alors soupçonneux et sa célèbre propension à l’hospitalité, proclamée comme légendaire, n’est en fait que le reflet caché de sa méfiance envers l’autre qu’il invite spontanément du geste pour mieux le décortiquer par la suite. Et donc le dominer.
J’entends d’ici les cris d’orfraie de certains à la lecture de ces lignes. Elles sont atroces, ces lignes, je le sais. Mais la seule façon d’en exorciser la portée est d’en parler crûment et franchement.
De là proviennent l’esprit de corruption qui nous ronge, l’appétit du « tout avoir » et du « tout savoir », le show-off de nos richards et de nos coquettes, nos voitures volumineuses à quatre roues motrices qui ressemblent davantage à des corbillards, nos refus de dialoguer, nos fuites en avant, notre fausse spontanéité. En découlent le laisser-aller, le désordre sur nos routes comme dans nos convictions personnelles. Ajoutez-y le manque d’eau et d’électricité dans un petit pays qui regorge de nappes phréatiques, de plages ensoleillées et de capitaux dormant dans leur secret bancaire, et vous aurez là le paysage idyllique d’un morceau de la planète qui a fait fausse route.
On refuse les privatisations de certains services vitaux afin de continuer à accaparer les revenus à la source. Et pour amuser la galerie, on jette aux masses encore crédules les appâts d’une politique frelatée, sur des thèmes de confessionnalisme, d’équilibre de forces régionales, ou de vains appels au fondamentalisme religieux, chez les uns comme chez les autres, afin d’estomper indéfiniment la médiocrité de nos mœurs, l’absence de culture véritable et les crimes quotidiens contre l’essence humaine ou le droit à la vie.
Que l’on ne proteste pas contre les outrances d’un langage dont je suis parfaitement conscient. Il faut pourtant que tout cela cesse parce que « trop, c’est trop ». Parce qu’il y a tout de même dans ce pays des honnêtes gens qui, quoique de même race ou de même origine, ont pu, grâce à leur énergie privée, à la culture qu’ils se sont consentie, à l’ambition légitime de vouloir vivre une vie digne, libre, équilibrée, à leur volonté de produire et contribuer à l’avancement du monde, ont pu, dis-je, faire de ce Liban un semblant de démocratie et le maintenir contre vents et marées, depuis un siècle, face aux tempêtes de l’obscurantisme, aux appétits des voisins et aux calculs hypocrites du monde dit civilisé.
C’est à eux que sont dus les quelques rares succès qu’on peut reconnaître à ce pays. Et ce sont eux que je salue bien bas en affirmant que ce sera d’eux que sortira un jour ou l’autre le rayonnement espéré par toutes les bonnes volontés.
Notre boson écorné doit se remettre d’aplomb. Le véritable printemps libanais sera éclos le jour où se révolteront enfin les corpuscules endormis dans nos gènes pour avoir trop longtemps sommeillé dans l’atmosphère glauque de nos démissions.
J’en appelle à une révolte, à un réveil salutaire hors desquels point de salut.
Tenez, par exemple, voyez ce qui s’est passé l’autre jour, au Parlement, par rapport à celui qui le préside immuablement au perchoir. Ils ont eu l’idée, je n’ose encore dire le courage, de s’absenter pour protester, quittes à faire sauter une séance officielle. Qui sont-ils ? Mais des députés, jusqu’à présent antagonistes, appartenant aux blocs du 14 et du 8 Mars. Oui ! Des aounistes et des Kataëb réunis, des membres des Forces libanaises et quelques têtes du parti du Futur. Cela est arrivé. Par chance ? Par accident ? Pourquoi pas par conviction ? Que diable ! Qu’ils protestent donc encore à propos de tout le reste, leurs propres défauts en premier lieu ! Qu’ils descendent dans la rue ! Qu’ils nous entraînent à leur suite. Que l’on se permette pour une seule fois la fermeture des lieux publics au nom d’une prise de conscience générale.
Nous verrons bien alors si le miracle libanais ne se renouvellera pas. Comme en 2005, comme en 1975, comme en 1943. Il reste une constante d’honnêteté planquée au fin fond des gènes. Le boson qui a formé notre matière grise s’était trompé d’un ion. Corrigeons-le donc à la force de la voix... et du poignet.
Louis INGEA


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