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Nos lecteurs ont la parole

Médecine, information, justice et éthique professionnelle

Par Professeur Georges AFTIMOS
Les moyens d’information ont abordé à plusieurs reprises et de plusieurs façons durant les dernières semaines un fait médical hautement regrettable concernant la mort d’une jeune femme enceinte et de son fœtus.
Sans vouloir rentrer dans une polémique où se mêlent et s’entremêlent des opinions, des sentiments et des passions contradictoires, je voudrais dans ces quelques lignes essayer de dépassionner le débat et de préciser certaines vérités oubliées dans le feu de la discussion.
D’abord que l’on me permette de rappeler quelques définitions.
1- Erreur médicale: c’est l’erreur qu’encourt le médecin lors de l’exercice de sa profession. Cette erreur peut aboutir à la mort ou à un préjudice plus ou moins important, passager ou définitif. En cas de décès, le médecin n’a pas tué. Il a probablement provoqué la mort ou ne l’a pas empêché de survenir. La responsabilité est donc quasi délictuelle. Le contrat tacite qui lie un médecin à son patient exige du médecin non pas un résultat mais des moyens adéquats de diligence, de traitement et de diagnostic conformes aux règles actuelles de la bonne pratique médicale et des consignes de prudence et de disponibilité. Il s’ensuit que pour prouver la réalité d’une erreur médicale, il faut prouver que le médecin a enfreint ces règles quelle que soit l’issue heureuse ou malheureuse.
2- Aléas thérapeutiques : ce sont des complications secondaires au traitement chirurgical ou médical. Les actes médicaux sont devenus plus efficaces et naturellement plus dangereux. Le médecin est actuellement beaucoup plus interventionniste que par le passé, où son rôle se réduisait pratiquement à celui d’un superinfirmier: lavement, saignée, pansement alcoolisé.Cette agressivité thérapeutique souvent bénéfique et salutaire peut entraîner des conséquences négatives. En effet, les gestes du médecin ne peuvent être stéréotypés au micron près et dans certains cas malheureux, le facteur humain intervient surtout en période de stress. Ces aléas sont habituellement chiffrés en pourcentage : x % de morbidité ou de mortalité.
3- Les complications: elles représentent un incident malheureux inhérent à l’évolution de la maladie elle-même ou à l’application du traitement. Exemple: hémorragie digestive après administration d’aspirine.
En résumé, établir la réalité d’une erreur médicale est une tâche ardue et quelquefois longue surtout si, en cas de décès, une autopsie complète n’a pas été pratiquée.
Cette tâche n’est certainement pas du ressort d’un journaliste avide d’un scoop ou d’un avocat à la recherche d’une victoire professionnelle.
En cas de présomption d’une erreur médicale, le médecin ne devient pas automatiquement un meurtrier ni un fraudeur qui falsifie les faits en manipulant le dossier médical (comme l’a affirmé un avocat sur une chaîne télévisée). Le préjudice survenu est certainement regrettable et une compensation (toujours dérisoire en cas de mort) doit être versée et des mesures disciplinaires, professionnelles et juridiques doivent être prises contre le médecin concerné.
Pour terminer, je me permets, en ma qualité d’ancien président du conseil de l’ordre, d’affirmer haut et fort que le Liban peut être fier de ses médecins, que la médecine libanaise est de haute qualité.
Il reste certainement des choses à faire :
1- Éviter de traiter le médecin de criminel (sauf evidemment en cas d’erreurs médicales répétées et injustifiées).
2- Modifier les conditions d’admission de nouveaux membres à l’ordre des médecins: imposer des années de formation complémentaire, instaurer un examen national d’accréditation en médecine générale et en spécialité, exiger une formation médicale continue, et activer l’étude des dossiers par le comité de discipline du conseil de l’ordre et revoir la composition de ce comité.
3- Il est impératif aujourd’hui de dépassionner et de rationaliser le débat et d’empêcher que le médecin ne se transforme en journaliste et le journaliste en juge et le juge en médecin et l’avocat en grand inquisiteur public.
Les moyens d’information ont abordé à plusieurs reprises et de plusieurs façons durant les dernières semaines un fait médical hautement regrettable concernant la mort d’une jeune femme enceinte et de son fœtus.Sans vouloir rentrer dans une polémique où se mêlent et s’entremêlent des opinions, des sentiments et des passions contradictoires, je voudrais dans ces quelques lignes essayer de dépassionner le débat et de préciser certaines vérités oubliées dans le feu de la discussion.D’abord que l’on me permette de rappeler quelques définitions.1- Erreur médicale: c’est l’erreur qu’encourt le médecin lors de l’exercice de sa profession. Cette erreur peut aboutir à la mort ou à un préjudice plus ou moins important, passager ou définitif. En cas de décès, le médecin n’a pas tué. Il a probablement...
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