Khaled Daher menace le gouvernement d’escalade. Photo Michel Hallak
L’affaire de la mort des deux cheikhs Abdel Wahed et Merheb, tués sur un barrage de l’armée à Koueikhate dans le Akkar, continue de s’envenimer après la libération, sous caution, des officiers et des soldats accusés d’avoir ouvert le feu ce jour-là. Le député Khaled Daher a, lors d’un meeting qui a eu lieu à Bireh dans le Akkar, menacé « de recourir à tous les moyens de protestation pacifiques, jusqu’à la désobéissance civile, si l’affaire des deux cheikhs n’est pas transférée de la Cour militaire à la Cour de justice ».
À L’Orient-Le Jour, M. Daher a précisé que « les députés du Akkar seront reçus demain (aujourd’hui) par le président de la République pour discuter de cette question ». « Nous voulons que l’affaire soit transférée de la Cour militaire à la Cour de justice, a-t-il souligné. Tout le monde au Liban sait ce qu’il en est avec la Cour militaire. Il n’y a qu’à se souvenir de la mort de l’officier Samer Hanna, par exemple, dont le meurtrier a été libéré quelques mois plus tard. » Mais la Cour militaire n’est-elle pas compétente en la matière étant donné que les suspects sont des militaires ? « Mais cette affaire n’est pas banale, elle a affaire avec la paix civile, répond le député. Nous avons entendu dire que le commandant en chef de l’armée lui-même ne s’opposerait pas à un transfert du dossier. »
M. Daher s’est dit convaincu que « pas tous les militaires arrêtés ne sont coupables ». « Nous nous inclinerons face à la décision de la justice, poursuit-il. Mais jusque-là, nous emploierons tous les moyens démocratiques pour protester contre la libération des militaires. Nous irons progressivement des sit-in devant le domicile du Premier ministre Nagib Mikati jusqu’à la désobéissance civile dans les différentes localités. »
La colère des sunnites...
Khaled Daher n’était pas le seul officiel à prendre position hier contre la libération des militaires. Le député Mohammad Kabbara a lui aussi affiché une position ferme dans ce dossier. « Les Libanais sunnites sont toujours bien là, et ils sont en colère, a-t-il déclaré. Ils n’acceptent pas qu’on tue leurs enfants, et qu’on libère ceux qui ont ordonné le meurtre de leurs dignitaires religieux. » M. Daher a accusé le gouvernement « d’ourdir un complot contre l’entité et la souveraineté de la nation et du peuple ». « Notre patience a des limites et les agressions ont dépassé tout ce qui est concevable, a-t-il ajouté. Prenez conscience de cela avant qu’il ne soit trop tard. »
La revendication de transférer le dossier de l’incident à la Cour de justice a également été formulée lors d’une réunion du cercle des wakfs islamiques dans le Akkar, à laquelle étaient présents les frères de cheikh Abdel Wahed. Les participants à la réunion ont appelé l’État « à revenir sur la décision de libérer les militaires suspectés dans cette affaire ».
Le comité des ulémas islamiques n’a pas hésité à appeler les présidents de la République, du Conseil des ministres et du Parlement à « renvoyer les suspects derrière les barreaux ». À l’issue d’une réunion dans le Akkar, les ulémas ont demandé aux habitants du caza d’observer la retenue. Même son de cloche auprès du député Mouïn Merhabi, qui a conseillé aux habitants du Akkar « de ne pas donner aux fauteurs de troubles la satisfaction de réussir à semer la discorde ». Le député Nehmé Tohmé a assuré que « le problème des habitants du Akkar ne se situe pas au niveau de l’armée, mais de la politisation de la justice ».
Face à toutes ces revendications, le bloc du Changement et de la Réforme a refusé le principe de transfert du dossier de la Cour militaire à la Cour de justice. Le député Ibrahim Kanaan a insisté sur la nécessité de « respecter les règles dans les procédures judiciaires ». « Cet incident a eu lieu à un barrage de l’armée, et l’enquête a montré que les coups de feu avaient été tirés par des militaires, a-t-il poursuivi. Par conséquent, cette affaire doit rester de la compétence de la Cour militaire, loin de toute politisation et des campagnes de dénigrement. »


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