Embouteillage de microcamions sur une table de l’exposition.
« Cela avait commencé durant les années cinquante, les camionneurs qui remontaient de Karachi à Peshawar s’ennuyaient. Ils passaient des mois sans leur famille. Ils ont donc commencé à dessiner leurs rêves sur leurs camions, tous ce à quoi ils pensaient », raconte Anjum. « Petit à petit, ces dessins sont devenus aussi importants que les camions, au point qu’actuellement, les chauffeurs qui ne peignent pas leur véhicule n’obtiennent pas des commandes », ajoute-t-elle.
Avec le temps, le métier de peintre de camion s’est créé. Il se transmet de père en fils. Anjum Rana travaille avec eux. « J’ai un atelier dans mon jardin. Nous prenons des commandes. Je ne sais pas dessiner, mais je donne les directives, les idées de modèles à faire », dit-elle.
Anjum a grandi à Peshawar. Depuis sa plus tendre enfance, elle est fascinée par ces camions multicolores qui roulent en ville. Psychologue de formation, mère de famille, mariée à un homme politique, elle décide il y a onze ans de faire entrer le « truck art » ou peinture sur camion dans les maisons pakistanaises. « Ça a été très mal accueilli. Ceux qui voyaient mon travail estimaient que je faisais entrer la pauvreté de la rue dans les riches maisons pakistanaises. Certains ont prévenu mon mari, le mettant en garde contre le fait que je serais la cause de sa chute politique. Il m’a quand-même soutenue », dit-elle.
« J’ai commencé à vendre aux diplomates et aux étrangers se trouvant au Pakistan », raconte-t-elle, se souvenant d’une commande passée par l’une de ses amies. « Je lui avait fait des rideaux. Elle m’avait payé, mais elle était revenue quelques jours plus tard pour me les rendre. Elle ne voulait pas récupérer son argent, m’expliquant tout simplement que ses enfants ont menacé de brûler la maison si elle gardait les rideaux », indique Rana, amusée.
Aujourd’hui, Anjum Rana expose en Jordanie, à Washington, en Irlande, en Nouvelle Zélande, au Népal, en Écosse, à Londres et en Italie. En 2008, l’Unesco lui a remis un prix pour sa contribution à la préservation des traditions de son pays.
Après avoir exposé à Byblos, Anjum Rana sera dès aujourd’hui à Beyrouth. Sur les stands, vous trouverez divers objets multicolores peints à la façon des camions pakistanais. Il y a des arrosoirs, des théières, des mugs, des pichets, des miroirs, des chaises, des bancs, des tables, des boucles d’oreilles, des minicamions pakistanais... Bref une profusion de couleurs qui rend la vie plus chaleureuse.
Il y a aussi des miniburkas avec lesquelles on habille les bouteilles d’alcool. « C’est une façon de les dissimuler dans un pays comme le Pakistan, où le produit est prohibé », explique avec humour Anjum. Des affiches de films pakistanais sont aussi disponibles.
Les artistes pakistanais seront du 8 au 15 juillet, de 10 à 22 heures, à la villa Zein, au centre-ville de Beyrouth, et du 16 au 21 juillet, de 10 à 21 heures, au Mall de Saïda. Des stages gratuits de dessins pour enfants, adultes et professionnels sont prévus. Ne ratez pas le rendez-vous.

