Orson Welles (« Citizen Kane »)
Quand s’aperçoit-on vraiment qu’on a vieilli ? Est-ce lorsqu’on n’a plus envie de fêter son anniversaire? Lorsqu’on voit pointer le premier cheveu blanc ? Lorsqu’on scrute la première ride dans le miroir ? Lorsqu’on n’arrive plus à lire les posologies d’un médicament ou les notices collées au dos du bocal à épices ? Ou encore lorsqu’on se lève chaque matin avec des os en bouillie et des articulations qui grincent... et qu’on voit la table de chevet se garnir de jour en jour de produits pharmaceutiques, remplaçant ainsi les produits de beauté ?
Serait-ce encore lorsque vous vous sentez mal à l’aise dans certains lieux ou que votre garde-robe doit prendre une toute autre allure ? Lorsque vous ne reconnaissez pas tel ou tel chanteur ou que le dernier tube à la mode – que vous feignez de connaître – vous échappe vraiment ? Ou même quand vous vous mettez à oublier des noms, des endroits ?
Serait-ce plutôt cet instant de non-retour où la peau se ramollit, s’affaisse, cet instant baptisé affreusement ptôse (quelle moche terminaison, d’ailleurs) ? C’est certainement de cet instant-là qu’Orson Welles veut parler. Car ni médicament, ni cure, ni bistouri, ni même la technologie avancée ne peuvent rien contre lui. Rien ne peut renverser le cours du temps qui file en droite ligne, faisant fi au passage des conséquences de ses ravages. Un temps que rien ne peut suspendre.
La maladie certes ! Mais la vieillesse, ô cette vieillesse incurable ! Élémentaire mon cher Orson.

