Tous les incidents de ces jours-ci sont créés pour détourner l’attention sur la situation en Syrie, en créant un nouveau champ d’action qui permettrait à la dictature voisine de continuer son travail de sape.
Notre Liban est formé d’une multitude de communautés, unies sous un même drapeau. Notre devise, c’est : vivre ensemble ou mourir ensemble, et cette formule a résisté à des siècles d’occupation. Grâce à nos 20 millions d’émigrés, disséminés aux quatre coins de la planète, nous occupons une place privilégiée au niveau mondial.
C’est vrai qu’il se trouve parmi nous des éléments qui essaient de jouer la carte d’autres nations sur ce sol né pour être libre et le demeurer. Mais ceux-là restent une minorité, car la grande majorité silencieuse de ce pays pense d’abord Liban.
Un jour ou l’autre, ces intrigants se rendront compte que ce pays n’est pas facile, et que leur argent distribué au plus offrant est parti en fumée.
Nous voulons retrouver le Liban de notre enfance, celui de Riad el-Solh, Béchara el-Khoury, Camille Chamoun, Mohsen Slim, Majid Arslan, Sélim Takla, Pierre Gemayel, Sabri Hamadé et tant d’autres, qui n’avaient qu’une seule option : vivre heureux sur une même terre.
Je me rappelle mon enfance et mes amis de toutes les communautés religieuses, qui vivaient en parfaite harmonie et dans le respect de l’autre. La répartition confessionnelle était un accord verbal et chacun menait sa vie communautaire dans son champ familial, sans aucun antagonisme.
Je prierais Messieurs le président de la République et le président de la Chambre des députés de nous ramener cette ambiance. La grande majorité des Libanais accepteraient de mettre leur confession de côté pour vivre tous ensemble, en bonne entente. Il est facile aujourd’hui de prêcher la bonne parole alors que sa propre communauté est superarmée, que la politique du nombre domine et que certaines zones du pays demeurent chasse gardée.
La première condition pour retrouver notre vrai Liban, c’est d’abord de désarmer la population, d’appliquer une justice implacable, d’ouvrir toutes les régions à tous les citoyens. C’est alors que nous pourrons parler d’éliminer la confession à tous les niveaux.
Si les différentes communautés ont peur pour l’avenir, c’est parce que, une fois désarmés, leurs membres deviendront les victimes de bandes partisanes qui leur imposeront leur façon de vivre, de voir qu’un jour, aidés par leurs alliés de l’extérieur, ils s’empareront du Liban et en feront un satellite de leur protecteur. C’est la vérité et il est préférable de la dire avant qu’il ne soit trop tard.
Messieurs les responsables, ce que vous devez comprendre avant de lancer vos slogans, c’est la position des Libanais chrétiens dans ce Moyen-Orient où, de plus en plus, ils n’ont plus droit à la parole alors même qu’ils représentent l’élément modérateur. L’exemple des coptes d’Égypte et des chaldéens d’Irak est encore tout récent. Le Liban, il y a lieu de le rappeler, a été créé à la base comme pays refuge pour tous.
Nous attendons impatiemment des responsables le prochain décret qui imposera le désarmement de toute la population comme première étape à l’unification de ce pays du Cèdre qui sera de nouveau un sujet de fierté pour tous.
Une seconde suggestion, qui avait obtenu en son temps l’accord du président Rafic Hariri, portait sur l’unification des fêtes annuelles : six pour les chrétiens et autant pour les musulmans, ainsi que deux jours fériés pour les fêtes officielles, le 1er mai et le 22 novembre.
Les étrangers de passage verront alors que nous ne formons qu’une seule et même nation.
Raymond NAHAS


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