La presse israélienne exprimait une inquiétude générale après l’élection de Morsi en Égypte. Menahem Kahana/AFP
Quoi qu’il en soit, un haut responsable israélien a souligné que « la victoire des islamistes n’est pas de nature à rassurer Israël », espérant une « attitude pragmatique » de leur part. « Israël et l’Égypte sont soumis aux mêmes impératifs, la sécurité le long de leur frontière de 240 km, le règlement négocié du conflit israélo-palestinien, et des intérêts économiques », a-t-il ajouté sous condition d’anonymat. « Il y a désormais à la tête de l’Égypte un homme qui n’a jamais caché son hostilité à Israël », a déclaré le député travailliste Binyamin Ben Eliezer, ex-ministre de la Défense et proche du président égyptien déchu Hosni Moubarak. Selon lui, « Israël doit s’attendre à des difficultés le long de sa frontière avec le Sinaï (égyptien) qui s’est transformé en sanctuaire pour les groupes terroristes, y compris el-Qaëda ». Le chef d’état-major israélien, le général Benny Gantz, avait récemment appelé l’Égypte « à assumer sa souveraineté sur le Sinaï ».
Le 18 juin, des assaillants venus du Sinaï – un Égyptien et un Saoudien se réclamant d’el-Qaëda selon la vidéo de revendication du groupe – se sont infiltrés en Israël où ils ont été abattus après avoir tué un ouvrier travaillant à la construction de la barrière frontalière. Faute de pouvoir riposter dans le Sinaï, territoire égyptien souverain, Israël a lancé le 20 juin un raid visant des « jihadistes » accusés de complicité dans l’attaque, dans la bande de Gaza. Cité par le journal Haaretz, un responsable israélien a indiqué que le gouvernement espérait que M. Morsi jugerait « plus important pour l’Égypte de rétablir son économie défaillante que de revenir sur ses liens bilatéraux ».
Le ministre israélien de la Défense Ehud Barak a relevé quant à lui « les opportunités et les défis » que représente pour Israël cette nouvelle donne et assuré que son pays assumerait sa « responsabilité pour contribuer à la stabilité, au calme et à la paix dans la région ».
Le haut responsable israélien a évoqué l’aide annuelle de 1,5 milliard de dollars octroyée à l’Égypte par les États-Unis, garants du traité de paix, et les « zones industrielles qualifiées » (ZIQ), dont les produits sont détaxés sur le marché américain s’ils comportent au moins 11,2 % de composants israéliens.
Reste que pour les dirigeants et médias israéliens, « la paix froide » avec l’Égypte est entrée dans une zone de turbulences avec la victoire du candidat des Frères musulmans, mouvance à laquelle appartient le Hamas palestinien, au pouvoir à Gaza. Israël a anticipé la victoire des Frères musulmans, affirme dans une tribune au quotidien Yediot Aharonot, Dov Weissglas, ancien conseiller de l’ex-Premier ministre Ariel Sharon. Il relève la « faible riposte de l’armée israélienne » aux tirs de roquettes du Hamas « par crainte d’enflammer la rue égyptienne et de conduire le gouvernement égyptien à réagir contre nous ». « C’est le prix qu’Israël commence à payer pour sa crainte d’une Égypte différente », ajoute-t-il, appelant à une reprise de « négociations de paix sérieuses » avec les Palestiniens.
(Source : AFP)

